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Vendredi, mars 6, 2026
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Les Houthis se joindront-ils à la guerre iranienne ? | Houthis

La frappe militaire américano-israélienne contre l’Iran le 28 février 2026 n’est pas un simple épisode de plus dans le long cycle de tensions de la région. Cette attaque s’est rapidement transformée en un événement charnière avec l’annonce de l’assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei, une évolution qui a perturbé l’équilibre des pouvoirs au sein de l’axe régional que Téhéran avait construit au fil des décennies.

Au Yémen en particulier, une question différente s’est posée : comment Abdel-Malik al-Houthi va-t-il gérer cette situation ? Ces développements pousseront-ils le groupe à s’engager dans une nouvelle confrontation, ou choisira-t-il de gérer la situation avec prudence et d’attendre que la trajectoire du conflit devienne claire ?

Et quel sera le sort du groupe et de ses dirigeants s’ils décident de mener cette guerre ?

À Sanaa, où le groupe Houthi est politiquement et idéologiquement lié à l’axe iranien, il était naturel que l’attention se tourne vers les discours du chef du groupe.

Abdel-Malik al-Houthi est apparu trois fois depuis le début de la guerre. Dans son premier discours, il a déclaré sa solidarité avec l’Iran et affirmé sa disponibilité à « tous les développements », dans un message qui ressemblait plus à une déclaration politique qu’à une déclaration de détermination militaire. Dans le deuxième discours, le ton était plus émotionnel, présentant ses condoléances pour la mort de Khamenei et réaffirmant son soutien à Téhéran.

Le troisième discours était similaire, sans aucune déclaration différente, et renforçait le même message.

Cependant, ce qui n’a pas été dit dans les discours était aussi frappant que ce qui a été dit.

Le groupe n’a pas publié de déclaration claire d’intervention militaire, comme il l’avait fait dans le passé lorsqu’il voulait envoyer des messages de dissuasion ou de solidarité pratique avec ses alliés. Il n’y a pas eu non plus d’escalade directe ni de menace militaire claire contre les intérêts israéliens ou américains sur le terrain. Même le message médiatique du groupe a semblé plus discipliné et plus sobre cette fois-ci, contrairement à son approche habituelle dans des moments régionaux similaires, qui comportaient généralement une rhétorique généralisée d’escalade.

Ce décalage entre le discours de mobilisation et les actions sur le terrain suggère que la décision d’entrer en guerre n’est pas aussi simple qu’il y paraît. Le groupe, qui a construit une grande partie de son discours politique sur l’idée de « l’axe de la résistance », est également conscient qu’entrer dans une confrontation directe à un moment régional très complexe pourrait ouvrir une boîte de Pandore aux conséquences incontrôlables.

La comparaison avec le comportement des autres membres de l’axe révèle une image plus claire. Le Hezbollah au Liban, l’un des mandataires militaires les plus importants de l’Iran dans la région, n’a pas perdu de temps pour entrer dans la mêlée après le déclenchement de la dernière guerre. L’entrée du parti dans le conflit reflète son rôle au sein de ce que l’on appelle l’axe iranien, où il est considéré comme l’un des éléments de dissuasion régionaux les plus importants et l’un des plus prêts à une action militaire rapide si Téhéran était attaqué directement.

Cette évolution renforce l’impression que l’Iran a déjà commencé à activer certains de ses mandataires militaires dans la région. Alors que le Hezbollah et les factions irakiennes sont désormais engagés dans le conflit, la question de la position des Houthis devient encore plus pressante : resteront-ils à l’écart, ou rejoindront-ils la mêlée plus tard si la guerre s’intensifie ?

La situation des Houthis semble quelque peu différente. Malgré ses liens étroits avec l’axe iranien, le groupe opère dans un environnement géographique et politique différent et est confronté à des considérations internes et régionales complexes qui rendent plus délicate toute décision d’entrer en guerre. Par conséquent, la retenue évidente dans son comportement actuel peut refléter une conscience que toute escalade à grande échelle pourrait ouvrir de multiples fronts contre lui dans une période d’instabilité régionale.

L’expérience récente révèle également que les Houthis sont capables de faire preuve d’un certain pragmatisme lorsque les circonstances imposent des calculs différents. En mai 2025, le sultanat d’Oman a négocié un accord entre le groupe et les États-Unis qui a réduit les tensions en mer Rouge, après des mois de tensions accrues résultant des attaques des Houthis contre la navigation internationale. Cet accord reflétait la volonté du groupe de réajuster son comportement militaire lorsque le coût de l’escalade dépassait ses gains potentiels, compte tenu notamment du lourd tribut qu’il a payé des frappes aériennes américaines en 2025.

Lors de la guerre des 12 jours de juin 2025, moment régional sensible, les Houthis se sont cantonnés à une rhétorique de solidarité plutôt qu’à une intervention militaire directe, malgré la pression morale exercée au sein de l’axe iranien. Ces précédents indiquent que le groupe possède la capacité de séparer sa rhétorique de mobilisation de ses décisions opérationnelles lorsque les considérations coûts-avantages priment.

Par conséquent, le scénario le plus probable – si la guerre régionale se poursuit pendant une période prolongée – semble être une escalade calculée au moyen d’opérations symboliques ou de tactiques de pression soigneusement calibrées, sans s’engager dans une confrontation à grande échelle. Une telle option donnerait au groupe une marge de manœuvre pour faire preuve de solidarité avec l’Iran et maintenir la cohésion de sa base interne, sans provoquer une frappe à grande échelle qui pourrait cibler ses infrastructures militaires dans une période d’instabilité régionale.

Dans ce contexte, il existe une autre possibilité tout aussi importante : que le groupe reporte son intervention directe mais cherche à soutenir l’Iran sur un autre front, comme la mer Rouge et le détroit de Bab al-Mandeb. Cette région représente l’un des points de pression stratégiques les plus importants sur les routes commerciales et énergétiques mondiales, et les Houthis ont prouvé ces dernières années leur capacité à l’utiliser comme tactique de pression efficace en ciblant ou en menaçant les transports maritimes.

Un tel scénario pourrait permettre au groupe de participer indirectement à la confrontation, en perturbant les lignes d’approvisionnement internationales et en envoyant simultanément un message politique et militaire, sans s’engager dans un conflit ouvert avec Israël. Cela correspond également au rôle que les Houthis ont joué ces derniers mois, lorsque les attaques en mer Rouge sont devenues partie intégrante de l’équation de pression régionale liée à la guerre à Gaza.

Une intervention directe, que ce soit en bombardant Israël ou en menant des opérations à grande échelle contre les intérêts américains, reste une option à haut risque, en particulier au vu des évaluations de plus en plus nombreuses selon lesquelles Israël considère les Houthis comme une cible différée depuis des mois et que tout moment opportun pourrait être exploité pour lancer une vaste frappe contre ses dirigeants et ses infrastructures militaires.

Les calculs du groupe ne se limitent pas au domaine régional ; la dynamique interne du Yémen joue un rôle tout aussi influent dans la détermination de ses choix. Il comprend que toute implication massive dans une confrontation externe pourrait ouvrir la porte à des changements internes imprévisibles, en particulier dans le contexte des efforts visant à réorganiser l’équilibre des pouvoirs au sein du camp gouvernemental et des tentatives de réorganisation du processus décisionnel militaire avec le soutien de l’Arabie saoudite.

La situation dans les zones contrôlées par les Houthis n’est pas non plus à l’abri des pressions. L’accumulation de défis économiques, ainsi que les tensions sécuritaires et sociales intermittentes, font de l’escalade extérieure une décision risquée. Dans un tel contexte, les dirigeants Houthis préféreront peut-être gérer les tensions avec prudence afin d’éviter d’ajouter un nouveau fardeau militaire à un moment sensible.

Toutefois, ces calculs pourraient changer si la guerre régionale évolue dans une direction différente. Si cela se transforme en une menace existentielle pour le régime iranien, ou si cela dure suffisamment longtemps pour remodeler l’équilibre des pouvoirs régional, les Houthis pourraient se retrouver confrontés à une nouvelle série de calculs.

Pour l’instant, le groupe apparaît comme un observateur prudent. Sa rhétorique exprime sa solidarité avec Téhéran, mais la décision militaire reste reportée en attendant que le cours de la guerre se précise.

Les semaines à venir révéleront probablement la direction que choisit le groupe dans ce moment sensible. La question n’est plus simplement de savoir si les Houthis participeront ou non à la guerre, mais plutôt de savoir comment ils se positionneront dans un paysage régional remodelé par le conflit.

Resteront-ils dans leur rôle traditionnel en tant que partie du réseau d’influence régional de l’Iran, ou chercheront-ils à profiter de ce moment pour se présenter comme une force avec ses propres calculs, gérant son rôle régional selon ses propres intérêts plutôt que selon le rythme imposé par les autres ?

Les opinions exprimées dans cet article appartiennent à l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la position éditoriale d’Al Jazeera.

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