L’Amérique latine est secouée par un nouveau retournement diplomatique. Ce mardi, le gouvernement chilien dirigé par le conservateur José Antonio Kast a annoncé qu’il retirait son appui à la candidature de l’ex-présidente socialiste Michelle Bachelet pour devenir secrétaire générale des Nations unies. Ce geste marque un virage clair par rapport à la politique suivie sous l’administration Gabriel Boric (2022-2026), qui avait activement promu la candidature de Mme Bachelet en coopération avec le Brésil et le Mexique. Entre stratégies politiques internes et calculs géopolitiques régionaux, cette décision modifie profondément l’équilibre dans une course déjà très disputée.
Dans un bref communiqué, le ministère chilien des Affaires étrangères a expliqué que la décision s’expliquait par un manque d’unité au sein de la région. « La fragmentation des candidatures latino-américaines et les critères adoptés par les acteurs clés rendent cette candidature non réaliste », a indiqué la chancellerie, pointant la difficulté de mobiliser un consensus régional autour d’un seul candidat.
Devant la presse, le président Kast a adopté un ton plus incisif. Il a affirmé que maintenir le soutien à Michelle Bachelet représenterait « un coût significatif » pour le pays, sans préciser la nature exacte de ce coût. Le gouvernement chilien a également indiqué qu’il ne soutiendrait aucun autre candidat si Mme Bachelet décidait de poursuivre sa course, instaurant ainsi une position d’attente prudente sur les futurs soutiens possibles.
Bachelet persévère avec le Brésil et le Mexique
Malgré le désaveu de son propre pays, Michelle Bachelet, âgée de 74 ans, entend continuer sa candidature. Dans un communiqué, elle a réaffirmé sa détermination à mener ce projet qu’elle qualifie de « collectif », en s’appuyant sur les soutiens solides du Brésil et du Mexique. Ancienne directrice d’ONU Femmes et haute-commissaire aux droits de l’homme, la pédiatre de formation possède une expérience internationale reconnue, faisant d’elle une candidate crédible pour succéder au Portugais Antonio Guterres, dont le mandat prendra fin le 31 décembre prochain.
Pour Mme Bachelet, la candidature n’est pas seulement personnelle : elle vise également à renforcer la représentation des femmes et de l’Amérique latine dans les plus hautes instances internationales. « Cette initiative reflète un engagement collectif pour l’égalité et la diversité au sein de l’ONU », a-t-elle déclaré lors de ses récentes interventions diplomatiques.
Le poste de secrétaire général de l’ONU revêt une dimension historique. En 80 ans d’existence, aucune femme n’a jamais dirigé l’organisation, et seul un Latino-Américain, le Péruvien Javier Pérez de Cuéllar (1982-1991), a occupé cette fonction. Selon la pratique tacite de rotation géographique, le siège devrait cette année revenir à l’Amérique latine, ce qui confère un enjeu symbolique majeur à la candidature de Bachelet, malgré les obstacles.
La compétition s’annonce particulièrement intense. Michelle Bachelet devra affronter plusieurs rivaux de poids, parmi lesquels Virginia Gamba (Argentine), Rebeca Grynspan (Costa Rica), Rafael Grossi (directeur général de l’AIEA) et l’ancien président sénégalais Macky Sall. Le retrait du Chili, qui constituait un soutien clé sur le plan régional, fragilise symboliquement sa position, mais la phase décisive des négociations au sein du Conseil de sécurité reste à venir et pourrait redistribuer les cartes.
Le retrait chilien illustre également un changement de cap dans la politique étrangère nationale. Contrairement à la stratégie inclusive et tournée vers l’Amérique latine de Gabriel Boric, le gouvernement Kast privilégie désormais un pragmatisme centré sur les intérêts internes et le calcul politique. Ce repositionnement pourrait modifier la dynamique des alliances régionales et influencer la capacité de l’Amérique latine à peser collectivement dans les instances internationales.



