La question des fonds communs dans la fonction publique sénégalaise continue de susciter des débats, particulièrement au sein du corps enseignant. Les enseignants du moyen secondaire, représentés par le Cadre unitaire des enseignants du moyen secondaire (Cusems), ont récemment exprimé leur frustration face à ce mécanisme jugé inéquitable. Lors d’une conférence de presse, Aliou Gningue, secrétaire général du Cusems, a réclamé l’interdiction des fonds communs au nom de l’égalité entre tous les agents de l’État.
Selon Aliou Gningue, certains agents travaillant au sein du ministère des Finances bénéficient d’avantages financiers considérables grâce aux fonds communs. « Au Sénégal, certains agents font tout leur possible pour travailler au ministère des Finances afin de bénéficier de ces fonds. Au bout de deux ou trois ans, vous pouvez déjà bâtir un R+2 ou un R+3. Ce sont des millions qui se partagent à travers ces fonds communs », a-t-il déclaré.
Il ajoute que, selon certaines sources, les montants distribués s’élèveraient à plusieurs milliards de francs CFA chaque année. Cette situation, estime-t-il, crée une inégalité flagrante entre les agents de l’État et le reste des contribuables sénégalais. « On doit interdire les fonds communs au Sénégal, parce que c’est une injustice vis-à-vis des Sénégalais », insiste M. Gningue.
Une problématique récurrente et largement discutée
Le débat autour des fonds communs n’est pas nouveau. Plusieurs voix autorisées se sont élevées au fil des années pour dénoncer ce mécanisme. Le député Thierno Alassane Sall avait, depuis l’hémicycle, interpellé sur la question, qualifiant ces fonds de « haram ». Babacar Ba, du Forum du Justiciable, a également évoqué à plusieurs reprises le sujet, soulignant le manque de transparence autour des montants et des bénéficiaires.
Cheikhou Oumar Sy, ancien parlementaire, a rappelé dans une contribution que le contribuable sénégalais n’a aucune information sur le nombre d’agents bénéficiant de ces fonds et sur le coût annuel que ces « ponctions » représentent pour le budget de l’État. Selon lui, si ces données étaient publiées légalement, une large partie des Sénégalais réclamerait la suppression pure et simple de ce mécanisme.
Face à cette situation, les syndicats et observateurs du secteur public appellent à une meilleure transparence. Cheikhou Oumar Sy propose que le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko prennent des mesures pour clarifier le fonctionnement des fonds communs, notamment dans le cadre du Projet Jubal et du programme de modernisation du service public. L’objectif serait de garantir que la redistribution des ressources publiques se fasse de manière équitable et que chaque agent de l’État bénéficie d’un traitement juste.
Le Cusems et d’autres organisations syndicales insistent sur le fait que la question des fonds communs dépasse le simple domaine financier : elle touche à l’équité et à la justice sociale au sein de la fonction publique. Pour les enseignants, la situation crée une frustration légitime, puisqu’ils observent des inégalités marquées entre différents corps d’agents, malgré des niveaux de qualification et de responsabilité parfois similaires.



