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Lundi, mars 16, 2026
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Le Sénégal s’apprête à assainir le secteur minier et rejoint la tendance des réformes en Afrique de l’Ouest

  • Le Sénégal prévoit de révoquer 71 permis d’exploitation minière et de carrière dans le cadre d’un nettoyage du secteur.

  • Cette décision fait suite à des réformes similaires en Guinée, au Mali et au Niger.

  • Les autorités affirment que ces mesures visent à protéger les intérêts économiques nationaux et à augmenter les recettes publiques.

Le Sénégal se prépare à renforcer la surveillance de son secteur minier, le Premier ministre Ousmane Sonko ayant annoncé de nouvelles mesures, notamment la révocation prévue de 71 permis d’exploitation minière et de carrière. L’annonce a été faite lors d’un point de presse en fin de semaine dernière.

Cette initiative place le Sénégal dans une tendance régionale plus large, alors que plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest ont récemment lancé des réformes similaires visant à renforcer le contrôle de l’État sur les ressources naturelles.

Irrégularités identifiées

Parmi les mesures annoncées, l’éventuel non-renouvellement et la récupération des concessions détenues par les Industries Chimiques du Sénégal (ICS) ont particulièrement retenu l’attention. La société, qui exploite plusieurs gisements de phosphate dans le pays, est accusée de diverses irrégularités, notamment de non-paiements des taxes et redevances.

Selon Sonko, ces pratiques pourraient avoir fait perdre à l’État environ 1 075 milliards de francs CFA (environ 1,88 milliard de dollars) de revenus entre 2014 – année où le groupe indonésien Indorama a acquis ICS – et aujourd’hui.

Les autorités ont également indiqué qu’environ 71 permis d’exploitation minière et de carrière pourraient être retirés, dont 14 permis aurifères et un permis lié aux sables minéralisés. Ces décisions feraient suite au non-respect par les titulaires de permis de leurs engagements d’investissement et des exigences réglementaires, bien que l’identité des sociétés impliquées n’ait pas été divulguée.

Le premier ministre n’a pas précisé si les titres concernés concernaient des permis d’exploration ou des licences d’exploitation.

Cette évolution fait écho à la campagne de nettoyage à grande échelle lancée l’année dernière en Guinée, où plus de 100 permis miniers ont été révoqués. Le Mali a également retiré plus de 90 permis d’exploration en octobre. Le Niger a pris des mesures similaires dans le secteur de l’uranium, en retirant notamment le permis du projet Madaouela détenu par GoviEx et le permis lié à la mine SOMAIR exploitée par le groupe français Orano, sur fond d’allégations liées à la répartition des bénéfices.

Protéger les intérêts économiques nationaux

Prises ensemble, ces mesures reflètent une détermination croissante des gouvernements ouest-africains à affirmer un plus grand contrôle sur leurs ressources naturelles.

Face à des enjeux économiques importants, plusieurs pays ont cherché à renégocier les termes des contrats miniers – comme au Mali – voire à nationaliser certaines concessions, comme au Niger avec la mine SOMAIR. Une autre option explorée est la réattribution des permis à de nouveaux partenaires. Sonko a suggéré que les futures licences pourraient être accordées à des entreprises considérées comme « beaucoup plus sérieuses ».

Dans chaque cas, l’objectif est de sauvegarder les intérêts économiques nationaux tout en favorisant des partenariats plus équilibrés entre gouvernements et investisseurs.

Cette politique reflète également les efforts du Sénégal pour mobiliser des recettes publiques supplémentaires à un moment où le pays est confronté à une pression budgétaire croissante. Selon le Fonds monétaire international, la dette publique effective du Sénégal pourrait atteindre 132% du PIB.

L’effort de réforme s’étend au-delà du seul secteur minier. Les autorités examinent également les contrats dans les secteurs des hydrocarbures et des infrastructures.

Selon l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE), le secteur extractif — y compris les mines, carrières et hydrocarbures — représentait 31,89 % des exportations du Sénégal et 4,7 % de son PIB en 2023.

Le plein impact des mesures annoncées deviendra plus clair dans les mois à venir, alors que le gouvernement prépare également un nouveau code minier destiné à remplacer le cadre en place depuis 2016.

L’expérience de la Guinée met en évidence les risques potentiels encourus. Suite à la révocation de certains permis, la société émiratie Axis Minerals a lancé une procédure d’arbitrage contre l’État guinéen, réclamant 28,9 milliards $ de dommages et intérêts.

Au Sénégal, plusieurs sociétés étrangères opèrent dans le secteur minier, notamment le français Eramet et les producteurs d’or Endeavour Mining, Resolute Mining et Fortuna Mining.

Aurel Sèdjro Houenou

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