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Mardi, mars 3, 2026
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Quand la politique s’invite à bord d’Air Sénégal et plombe son décollage

Où en est-on avec les audits de l’Ige ?
Au‐delà de la crise financière et opérationnelle majeure marquée par une dette s’élevant à plus de 200 milliards CFA, la politique s’invite à bord d’Air Sénégal et plombe son décollage. Dirigée par Tidiane Ndiaye, dépeint comme un « diomayiste », la Direction générale est minée par des clivages politiques internes entre les partisans du Chef de l’Etat Bassirou Diomaye Faye et les proches du Premier ministre Ousmane Sonko. Dans ce climat de méfiance, tout acte de gestion posé ou tout « contrat » d’achat d’avion signé est considéré comme… obscur.
Nous ne le dirons jamais assez, les affaires dites Chantiers de Thiès, Abdel Korban, Imputations budgétaires, Caisse de péréquation, Sucre roux ou blanc, Croix‐rouge et autres sont estampillées comme étant les plus gros scandales financiers qui ont éclaboussé le Sénégal durant les années 80, 90 et 2000. Il s’agissait à l’époque de faux et usage de faux en écriture bancaire, détournements de deniers publics, fraudes douanières, financements de projets fantômes hors budget et remboursements de dettes de complaisance sans justification à grande échelle criminelle.
De nos jours, il n’est pas interdit de cataloguer Air Sénégal dans le lot des « Ndioumblang » d’Etat pour reprendre l’expression d’Idrissa Seck. Dés sa création en 2016 sous le régime de l’Apr, la compagnie nationale est financièrement déplumée sur l’autel de la corruption, de la gabegie, du clientélisme et de la mauvaise gestion. Des micmacs financiers estimés à plus de 200 milliards CFA qui ont basculé Air Sénégal dans des cumulonimbus au point de pousser le Président de la Ré‐ publique, Bassirou Diomaye Faye, à engager des audits approfondis menés par l’IGE. Jusque‐là, aucun résultat d’audit n’a été publié à la connaissance du peuple sénégalais épris de…reddition des comptes. Nous imaginons déjà certains détracteurs dire que toutes ces années de gestion nébuleuse et tortueuse sont rangées dans les placards des pertes et profits. Pendant ce temps, l’Etat du Sénégal continue à renflouer financièrement la compagnie à travers un plan de sauvetage visant à injecter des fonds propres censés apurer les dettes et régler les contentieux de leasing et non à acheter des avions neufs. La preuve par l’enveloppe des 66 milliards CFA budgétisés pour 2026. Au moment où la compagnie Air Sénégal se retrouve coincée dans des zones de turbulence, la politique politicienne s’invite à bord de la flotte aérienne.
Depuis l’éclatement de la crise de leader‐ ship politique entre le président de la République Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, la Direction d’Air Sénégal dirigée par Tidiane Ndiaye, dépeint comme un « pro­-Diomaye », est secouée par des fractions politiques sur fond d’autodétermination. A cet effet, deux « cockpits » se sont dégagés dans ce même avion. D’une part, les partisans de Diomaye composés de responsables de direction, employés de « parenté », conseillers techniques, administrateurs etc ; d’autre part, les pro‐Sonko dont des chefs de service, responsables financiers, ingénieurs aéronautiques, pilotes de l’air, maintenanciers et autres.
En poussant ses investigations, « Le Témoin » a appris que du côté du ministère des Transports aériens comme au niveau de la Di‐ rection générale, en passant par la Présidence du conseil d’administration (PCA), chaque fonctionnaire, administrateur, cadre ou simple agent semble faire prévaloir son droit de regard sur la gestion financière du Dg El Hadj Tidiane Ndiaye. Cette atmosphère de méfiance entretenue entre commis de l’Etat et employés « pastefiens » a fini par créer un cercle vicieux. D’où la peur de la dénonciation, la stigmatisation « pro‐Sonko » ou « anti‐Diomaye », le manque de communication et la suspicion de magouille qui affaiblis‐ sent les leviers de décollage d’Air Sénégal. Pis encore, tout acte de gestion posé ou tout « contrat » d’achat d’avion signé est considéré comme obscur ou de la propagande politique. Tous les experts s’accordent à reconnaitre qu’Air Sénégal n’a pas les moyens financiers de ses ambitions.
Salon de Dubaï, une sortie de piste… flagrante
Dans cette compagnie à deux « cockpits », la sortie de piste la plus flagrante est la 19e édition du Salon aéronautique de Dubaï (17 au 21 novembre 2025) aux Émirats arabes‐unis. Accompagné de quelques membres de son équipe « technique » ou son secrétariat élargi, le directeur général d’Air Sénégal Tidiane Ndiaye a déclaré ou fait déclarer que l’Etat a passé une commande ferme et historique de neuf (9) Boeing 737 Max et six (6) Boeing 737 Ng, soit quinze appareils au total. L’offensive financière ne s’arrête pas là puisque la compagnie a fait annoncer que Boeing livrera les six avions 737 Ng en mars 2026 c’est‐à‐dire dans…quatre mois. Faut‐il en rire ou en pleurer ? Peut‐être les deux à la fois ! Toujours est‐il que l’éminent Dg Tidiane Ndiaye prend les Sénégalais pour des demeurés. Plusieurs experts aéronautiques et pilotes de ligne contactés par « Le Témoin » déclarent que cette commande ferme est trop belle pour être vraie ! « Parce que Boeing a arrêté la production commerciale des avions 737 Ng depuis 2019. Donc on voit mal comment Boeing peut livrer six avions 737 Ng à Air Sénégal alors que le constructeur américain ne fabrique plus ces appareils. En réalité, il n’y a plus de 737 Ng neufs en production et disponibles à la vente. A quoi joue la direction générale de notre belle compagnie ? » s’interroge cet ingénieur d’Air Sénégal.
Une lettre d’intention sur fond de propagande
Une chose est sûre, l’Etat du Sénégal n’a dé‐ posé qu’une lettre d’intention pour l’achat de « neufs » aéronefs signée par le ministre des Transports terrestres et aériens Yankoba Diémé et déposée auprès du constructeur Boeing en marge du salon de Dubaï. Il s’agit d’un simple document précontractuel non contraignant qui ex‐ prime l’intérêt d’Air Sénégal pour l’acquisition d’avions. Et cela ne pouvait être autrement ! Car une commande ferme de six, neuf ou quinze avions représente des investissements lourds, colossaux et insupportables pour nos finances publiques aux clignotants rouges. Il est vrai qu’une compagnie nationale qui aspire à être leader et souveraine doit avoir sa propre flotte composée d’avions neufs. Mais le problème d’Air Sénégal, ce n’est pas seulement d’acheter ou de commander du neuf. Il est beaucoup plus complexe que ça puisque la compagnie Air Sénégal est confrontée à des crises financières et structurelles (dettes colossales, personnel pléthorique, location d’avions longue durée, surfacturations etc). Sans oublier les nombreux défis opérationnels (non‐rentabilité des lignes, re‐ tards, annulation de vols, gestion des frets etc). À ces mille et une crises s’ajoute une bataille de positionnement politique à bord qui brouille la navigation.
Pilotage à vue !
Au sein de cette compagnie Air Sénégal divisée en pro‐Diomaye et pro‐Sonko, la récente sortie médiatique de M. Yankhoba Diémé, ministre des Transports aériens, n’est pas du goût des « passagers » cadres et agents. Surtout là où il a déclaré qu’« en neuf (9) ans d’existence, Air Sénégal n’a jamais possédé son propre avion… ». Une déclaration qualifiée de propagande politique visant à faire adhérer l’opinion sénégalaise à son plan de sauvetage controversé. Sans doute, le ministre M. Yankhoba Diémé était vraisemblablement mal informé
Pour la petite histoire, Air Sénégal International (ASI) avait acheté un Boeing Ng neuf. Déclarée faillite, la défunte compagnie a revendu l’avion à Air Mauritanie. Créée sur les « plumes » d’Asi, la compagnie aérienne Air Sénégal a acheté deux A330 Neo neufs chez Airbus pour démarrer ses activités. Ce sont ces deux avions qui faisaient les vols long‐courriers. Et surtout la destination la plus prestigieuse, celle de Paris/Charles‐de‐Gaulle. Il y avait deux autres appareils : Atr 72 en leasing. Donc vous conviendrez avec nous que la compagnie Air Sénégal s’était dotée d’une flotte neuve dans l’ambition de faire de Dakar‐Blaise Diagne le premier hub aérien régional tout en jouant un rôle prépondérant dans l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest. Que sont devenus ces deux A330 Neo qui symbolisaient la souveraineté aérienne du Sénégal et faisaient la fierté de notre pavillon national ? Selon un responsable financier d’Air Sénégal, ces deux avions flambant neuf font l’objet d’une saisie de la part de Bpifrance (Banque Publique d’Investissement française). La nature du contentieux judiciaire est relative à des factures impayées sur un crédit‐bail à l’exportation. « Déplumée » de ses deux A330 nous confie‐t‐on, Air Sénégal utilise actuellement un Boeing 737 (version économique) loué chez Get‐ jet et un A340 pour effectuer ses vols sur Paris. Et de temps en temps, un A320 de Corsair et un Boeing 777 pour deux ou trois vols visant à évacuer les nombreux passagers et le surplus de fret « D’ailleurs, dans la nuit du 2 décembre 2025, le 777 est retourné en Géorgie chez son propriétaire. De même que le A340 viré chez un autre client. Vous voyez comment la compagnie Air Sénégal est pilotée à vue par une Direction générale complètement déboussolée et dépassée par le monde du transport aérien… » se désole ce haut cadre d’Air Sénégal rencontré par « Le Témoin ».
Une chose est sûre, si le Président de la République ne prend pas en main les commandes d’Air Sénégal, le plan de sauvetage tant décrié risque d’être un plan d’atterrissage forcé provo‐ quant une nouvelle faillite du fleuron.

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