- Les importations de carburant coûtent aux économies africaines 2 à 6 % du PIB
- L’adoption des véhicules électriques pourrait réduire la consommation de carburant de 30 à 40 % d’ici 2030
- Les lacunes des infrastructures et les coûts élevés ralentissent la transition électrique
Dans de nombreux pays africains importateurs nets de pétrole, le secteur des transports est bien plus qu’un problème de mobilité. Il s’agit d’une fuite structurelle des devises. Les carburants destinés au transport routier représentent l’équivalent de 2 à 6 % du PIB de ces économies, selon un rapport de la Banque mondiale intitulé Mobilité électrique dans les pays en développementpublié en mars dernier.
Un dollar fort et des marchés pétroliers volatils exacerbent cette vulnérabilité, exposant les budgets nationaux à de fortes fluctuations. Les subventions aux carburants aggravent souvent la situation. Au Nigeria, avant leur suspension en mai 2023, ils représentaient près de 2 % du PIB en 2021.
L’électricité locale comme alternative économique
Les arguments en faveur des véhicules électriques portent essentiellement sur l’efficacité énergétique. Les moteurs électriques sont quatre à six fois plus efficaces que les moteurs à combustion, qui perdent une grande partie de leur énergie sous forme de chaleur. Au niveau macroéconomique, l’adoption accélérée des véhicules électriques pourrait réduire la consommation nationale de carburant de 30 à 40 % d’ici le milieu des années 2030.
Pour des pays comme le Sénégal et le Mali, la Banque mondiale voit un double dividende. Remplacer le pétrole importé par de l’électricité produite localement, en exploitant le potentiel solaire ou hydroélectrique du Sahel, renforcerait la sécurité énergétique et réduirait l’exposition aux chocs pétroliers externes.
L’Éthiopie en offre un bon exemple. Le pays a annoncé une interdiction totale des importations de véhicules de tourisme à moteur à combustion et exploite sa capacité hydroélectrique pour alimenter sa flotte. Cette politique s’appuie sur plusieurs initiatives, dont la construction de 2 300 bornes de recharge.
Les ministères des Finances ont fait part de leurs inquiétudes quant à la baisse des recettes fiscales sur les carburants à mesure que les véhicules électriques remplacent les véhicules à combustion. Toutefois, les projections suggèrent que l’impact serait progressif. Dans un scénario ambitieux, dans lequel les véhicules électriques représenteraient 30 % des ventes de véhicules d’ici 2030, les recettes fiscales sur les carburants ne diminueraient que d’environ 10 %.
La Banque mondiale affirme que les gains indirects feraient plus que compenser ces pertes. La diminution des dépenses de santé en est un exemple. Dans des villes comme Dakar et Lagos, le transport routier contribue à hauteur de 30 à 50 % à la pollution aux particules fines. Une plus grande stabilité budgétaire constitue un autre avantage, dans la mesure où l’électrification réduirait ou éliminerait les subventions coûteuses aux carburants.
Prioriser les segments à fort impact
Pour maximiser les gains de la balance des paiements, la Banque mondiale recommande une approche ciblée plutôt qu’une transition uniforme. La priorité devrait aller aux segments à forte fréquentation, notamment les bus urbains et les deux et trois roues tels que les boda-bodas, qui parcourent deux à cinq fois plus de kilomètres que les voitures particulières.
Le système de transport rapide par bus électriques de Dakar, le premier du genre sur le continent, reflète cette stratégie. En se concentrant sur les transports en commun, le Sénégal vise à réduire les importations de pétrole tout en améliorant la mobilité et la productivité urbaines.
La transition se heurte cependant à des obstacles importants. Des coûts initiaux élevés pour les véhicules électriques, une infrastructure de recharge limitée, une alimentation électrique peu fiable et des cadres réglementaires faibles pourraient ralentir leur adoption. Des contraintes industrielles et financières subsistent également, notamment la nécessité de développer des chaînes de valeur locales et d’élargir l’accès au financement.
Hénoc Dossa

