30.6 C
New York
Lundi, juin 29, 2026

Le Sénégal s’inspire de l’expérience africaine pour lancer un audit biométrique de la fonction publique

  • Le Sénégal a lancé un audit biométrique national de tous les agents publics pour éliminer les doublons, identifier les irrégularités et constituer une base de données fiable de la fonction publique.

  • Les expériences à travers l’Afrique ont donné des résultats mitigés, le Nigeria faisant état d’importantes économies de masse salariale tandis que le Gabon continue de faire face à des défis de mise en œuvre.

  • Le succès de la réforme au Sénégal dépendra de la qualité de la collecte des données et de la capacité du gouvernement à utiliser les résultats pour des réformes durables du secteur public.

Le Sénégal a lancé un audit biométrique national de sa fonction publique alors que le gouvernement cherche à améliorer la gestion des ressources humaines, à lutter contre la fraude salariale et à renforcer les finances publiques. Des initiatives similaires à travers l’Afrique ont produit des résultats mitigés, allant d’économies substantielles à des réformes incomplètes. Le gouvernement a annoncé l’opération à Dakar le 26 juin 2026, lors des célébrations marquant la Journée mondiale de la fonction publique. L’audit, dirigé par le ministre Mamadou Lamine Dianté, s’étendra jusqu’au 31 juillet 2026, sur l’ensemble du territoire.

Les équipes visiteront chaque institution publique pour vérifier physiquement et enregistrer tous les employés de l’État, y compris les membres des forces militaires, paramilitaires et judiciaires. Le gouvernement vise à identifier les doublons, à corriger les irrégularités de paie et à établir une base de données fiable sur les employés du secteur public.

Les enjeux financiers sont importants. Le rapport trimestriel d’exécution du budget du Sénégal au 31 mars 2026 montre que la masse salariale du gouvernement a atteint 375,1 milliards de francs CFA (environ 652 millions de dollars). Le ministère des Finances a indiqué que les dépenses de personnel ont augmenté de 5,1 % sur un an.

Le gouvernement employait 195 144 fonctionnaires fin mars, contre 186 205 un an plus tôt. Le secteur de l’éducation représentait à lui seul 58,2 % de tous les salaires de la fonction publique. Dans ce contexte, chaque travailleur fantôme représente un coût direct pour les finances publiques et réduit les ressources disponibles pour l’investissement.

Des résultats mitigés parmi les premiers utilisateurs

Plusieurs pays africains ont lancé des initiatives similaires avant le Sénégal. En Côte d’Ivoire, le gouvernement a lancé un recensement biométrique des fonctionnaires en mai 2024. La ministre Anne Désirée Ouloto a déclaré que cet exercice visait à établir un décompte précis des fonctionnaires et à éliminer la fraude à l’identité au sein de l’administration. L’opération visait également à remédier aux faiblesses d’un système de surveillance électronique que les autorités considéraient comme peu fiable depuis 2016. Cependant, le gouvernement a publié peu de résultats publiquement documentés.

Le Nigéria a signalé des résultats plus mesurables. Les autorités de l’État de Katsina ont réalisé un audit biométrique en septembre 2025 portant sur 50 172 employés. L’examen a supprimé 3 488 travailleurs fantômes ou non qualifiés de la masse salariale. L’État espère économiser 453 millions de nairas (environ 328 000 dollars) chaque mois.

Au niveau fédéral, un exercice similaire a éliminé 23 846 travailleurs fantômes. Selon le ministère nigérian des Finances, l’audit a généré des économies mensuelles de 2,29 milliards de nairas (environ 1,7 million de dollars). L’enquête a également révélé que des employés recevaient des salaires via plusieurs identités bancaires.

Le Gabon illustre les défis auxquels de telles réformes peuvent être confrontées. En mars 2026, un audit administratif a identifié 1 756 salariés qui avaient abandonné leur poste tout en continuant à percevoir leur salaire. Les autorités ont estimé la perte financière à plus de 8 milliards de francs CFA. L’audit a également révélé que des employés utilisaient plusieurs numéros d’identification de paie pour percevoir plusieurs salaires. Le vice-président Hermann Immongault a décrit la situation comme « une urgence » et a ordonné l’intégration d’un numéro d’identification personnel dans la base de données de paie du gouvernement. Toutefois, la réforme reste incomplète à Libreville.

La République démocratique du Congo offre une autre perspective budgétaire. Selon le Fonds monétaire international (FMI), la masse salariale du secteur public du pays devrait atteindre près de 4 milliards de dollars en 2025, soit 4,8 % du produit intérieur brut (PIB). Pour contenir les coûts de personnel et rester en dessous du plafond recommandé par le FMI de 5 % du PIB, Kinshasa prépare un exercice d’identification biométrique des fonctionnaires comme condition préalable à des réformes salariales plus larges.

Les expériences d’autres pays africains offrent au Sénégal à la fois des opportunités et des leçons de prudence. Les audits précédents démontrent que la vérification biométrique peut générer des économies budgétaires substantielles. Cependant, ils montrent également que le succès à long terme dépend d’un recrutement précis sur le terrain et de la capacité des gouvernements à utiliser les données collectées pour mettre en œuvre des réformes durables des ressources humaines du secteur public.

Cet article a été initialement publié en français par Félicien Houindo Lokossou

Adapté en anglais par Ange J. A de Berry Quenum

- Advertisement -

Related Articles

Subscribe
Notify of
guest
0 Comments
Inline Feedbacks
View all comments

Stay Connected

0FansJ'aime
0SuiveursSuivre
22,900AbonnésS'abonner
- Advertisement -

Latest Articles

0
Would love your thoughts, please comment.x
()
x