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Mercredi, mars 4, 2026
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Le Trésor du Sénégal cherche à accroître la participation des assureurs dans les titres publics

  • Le Trésor du Sénégal exhorte les assureurs à accroître leurs investissements dans les titres publics

  • Les assureurs financent moins d’un tiers des investissements bancaires dans la dette publique

  • Les autorités recherchent une base d’investisseurs plus large dans un contexte d’endettement public croissant

La Direction générale de la comptabilité publique et du Trésor du Sénégal a rencontré, mardi 3 mars, les compagnies d’assurance à Dakar, à travers leur fédération, pour renforcer le dialogue et encourager une plus grande participation des assureurs au financement de l’économie.

Le Trésor considère les compagnies d’assurance comme des partenaires clés dans la mobilisation des financements publics. En collectant des primes qui peuvent être investies sur de longues périodes, les assureurs disposent de ressources financières adaptées aux besoins du gouvernement pour lever des financements à plus long terme.

Les autorités souhaitent donc que les assureurs jouent un rôle plus important dans les émissions de titres publics. Pour l’heure, leur participation reste limitée : les assureurs contribuent pour moins d’un tiers des sommes investies par les banques. Le Trésor vise à rééquilibrer cette structure afin d’élargir la base des investisseurs et de renforcer le rôle des institutions financières non bancaires dans le financement de l’économie.

Une stratégie centrée sur le marché financier régional

Le Trésor a déclaré que l’année 2025 aurait été marquée par une dépendance accrue à l’égard du marché intérieur. Selon les données du Trésor, les ressources mobilisées localement ont atteint environ 4.194,8 milliards de francs CFA, couvrant près de 73,4% des besoins totaux de financement du pays pour l’année. La plupart de ces fonds ont été levés auprès de banques commerciales et d’investisseurs actifs sur le marché financier régional de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

L’initiative du Trésor intervient dans un contexte de pression croissante sur les finances publiques. Un audit du cabinet de conseil Mazars estime la dette du Sénégal à environ 119% du PIB. Le Fonds monétaire international (FMI), quant à lui, estime la dette publique à environ 132 % du PIB à fin 2024.

Ces niveaux limitent l’accès à certaines sources de financement externes et augmentent l’importance des marchés intérieurs dans la stratégie de financement du gouvernement.

En réponse, les autorités envisagent de s’appuyer davantage sur le marché régional. En 2026, le gouvernement compte mobiliser environ 4 132 milliards de francs CFA sur le marché financier de l’UEMOA. Pour attirer les investisseurs, le Trésor prévoit d’améliorer la communication avec les acteurs du marché, de normaliser les titres publics et de rendre le calendrier d’émission plus prévisible.

Élargir la base d’investisseurs pour stabiliser la dette publique

L’augmentation de la participation des assureurs répond à un objectif stratégique plus large. Les compagnies d’assurance gèrent les fonds générés par les primes collectées auprès des ménages et des entreprises. Ces ressources sont généralement investies sur de longues périodes pour faire face aux obligations d’assurance futures.

Ces horizons d’investissement à long terme correspondent à la nécessité des États d’allonger la maturité de leur dette et de réduire les risques de refinancement.

Pour le Sénégal, l’élargissement de la base d’investisseurs renforcerait également le marché financier régional en augmentant la présence des assureurs dans les titres publics.

La rencontre avec les assureurs s’inscrit dans une série plus large de consultations avec les acteurs des marchés financiers. En février, le Trésor a également rencontré des banques et des sociétés de gestion d’actifs et de courtage pour renforcer la communication et encourager une plus grande participation au financement de l’économie.

Selon Amath Ndiaye, professeur d’économie à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, l’économie du Sénégal connaît actuellement un ralentissement alors qu’elle fait face à une pression croissante de la dette publique. Il estime que les paiements d’intérêts et les commissions liées à la dette représentent désormais plus de 25 % des recettes fiscales du gouvernement, réduisant ainsi l’espace budgétaire disponible pour les investissements publics et les programmes sociaux.

La situation a également affaibli la crédibilité financière du Sénégal sur les marchés internationaux. Les dégradations de la notation de crédit, la baisse des prix des euro-obligations sur les marchés secondaires et le classement du pays dans la catégorie 7 de l’échelle de risque de l’OCDE reflètent les inquiétudes croissantes des investisseurs. En conséquence, l’accès au financement extérieur devient à la fois plus difficile et plus coûteux.

Chamberline Moko

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