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Lundi, septembre 28, 2026

Sur les traces de Kwame Nrumah, de l’indépendance au rêve panafricain

AFRIQUE-POLITIQUE-MEMOIRE-REPORTAGE

De l’envoyé spécial de l’APS : Abibou Ndiaye

Accra, 28 sept (APS) – Au cœur d’Accra, capitale du Ghana, le Kwame Nkrumah Memorial Park raconte, à travers monuments, objets personnels, photographies et archives audiovisuelles, l’histoire d’un homme dont le nom reste étroitement associé à l’indépendance de son pays et au combat pour l’unité africaine.

À l’entrée du site, le visiteur est immédiatement plongé dans l’histoire de Kwame Nkrumah, premier Premier ministre du Ghana indépendant en 1957 et premier président de la République en 1960.

Le parc est installé sur l’ancien Old Polo Grounds, lieu symbolique où Nkrumah proclama l’indépendance du Ghana le 6 mars 1957.

Le parcours commence notamment par une évocation de la période coloniale et du combat politique ayant précédé l’indépendance.

Le guide revient sur l’engagement de Nkrumah au sein de l’United Gold Coast Convention (UGCC), avant sa rupture avec cette formation et la création du Convention People’s Party (CPP).

Son mot d’ordre, ”Self-government now”, l’autonomie immédiate, résumait alors son engagement politique. En 1950, il lança la campagne de ”Positive Action”, fondée notamment sur la désobéissance civile et les grèves. Arrêté et emprisonné, Nkrumah continua néanmoins à diriger la campagne électorale de son parti depuis sa cellule.

Les élections législatives de février 1951 ont représenté l’un des épisodes les plus marquants de cette période. Alors que Nkrumah était encore détenu, le CPP remporta 34 des 38 sièges élus. Il fut ensuite libéré et appelé à former le gouvernement.

Le ”Big Six” de la lutte anticoloniale

Le musée évoque également le ”Big Six”, les six figures historiques associées à la lutte politique ayant précédé l’indépendance du Ghana : Kwame Nkrumah, Emmanuel Obetsebi-Lamptey, Ebenezer Ako-Adjei, William Ofori-Atta, Joseph Boakye Danquah et Edward Akufo-Addo.

Leurs six figures sont imprimées sur les billets de banque ghanéens, dont le cédi, actuellement en vigueur.

Le guide rappelle notamment les événements de 1948, lorsque des manifestations à Accra furent réprimées par les autorités coloniales. Ces événements contribuèrent à accélérer la mobilisation politique en faveur de l’indépendance.

Le parcours montre ensuite comment Nkrumah, après sa rupture avec les dirigeants de l’UGCC, développa une stratégie reposant sur la mobilisation populaire, la désobéissance civile et l’utilisation des médias pour sensibiliser la population.

Le 6 mars 1957, une nouvelle page de l’histoire africaine

Le visiteur arrive ensuite au cœur symbolique du site : l’endroit où Nkrumah proclama l’indépendance du Ghana.

Le 6 mars 1957, la Gold Coast accède à l’indépendance et devient le Ghana.

Le pays devient alors le premier État d’Afrique subsaharienne à accéder à l’indépendance sous cette forme, un événement qui exerce une influence considérable sur les mouvements anticoloniaux du continent.

Trois ans plus tard, le 1er juillet 1960, une nouvelle Constitution transforme le Ghana en République, et Kwame Nkrumah devient son premier président.

Le musée conserve des éléments liés à cette période historique, notamment des photographies, des documents, des vêtements, des livres et des objets ayant appartenu au dirigeant ghanéen.

L’un des moments les plus saisissants de la visite est la découverte de l’ancienne statue en bronze de Kwame Nkrumah, vandalisée après le coup d’État du 24 février 1966.

La statue, qui se trouvait à l’origine devant l’ancien Parlement, a été renversée et mutilée dans le contexte du renversement de son gouvernement. Elle a ensuite été récupérée et conservée avant d’être installée au Memorial Park.

La tête de la statue avait disparu pendant 43 ans. En 2009, une femme la restitua aux autorités après l’avoir conservée pendant plusieurs décennies.

Elle est aujourd’hui exposée avec le reste de la statue, rappelant de manière spectaculaire les bouleversements politiques qui ont suivi le renversement de Nkrumah.

Le rêve d’une Afrique unie

Au fil des salles, le récit quitte progressivement l’histoire strictement ghanéenne pour rejoindre celle du panafricanisme.

Nkrumah défendait l’idée que l’indépendance politique du Ghana ne pouvait être pleinement accomplie sans la libération du reste du continent.

Son engagement l’amena à soutenir différents mouvements et dirigeants africains engagés dans les luttes anticoloniales.

Son parcours est notamment associé à celui de Patrice Lumumba au Congo. Les deux dirigeants partageaient une vision panafricaine et défendaient l’idée d’une Afrique capable de contrôler ses ressources et de déterminer elle-même son avenir.

Le musée met également en avant plusieurs citations attribuées à Nkrumah sur le développement, l’éducation, la santé, l’électricité et l’amélioration des conditions de vie des populations.

Sur les traces de Kwame Nrumah, de l'indépendance au rêve panafricain

L’une de ses idées centrales était que l’indépendance devait avoir une dimension économique et sociale, et pas seulement politique.

Le parcours revient aussi sur les événements de 1966. Le 24 février de cette année-là, alors que Nkrumah se trouvait à l’étranger dans le cadre d’une mission diplomatique, son gouvernement fut renversé par un coup d’État militaire et policier. Le Conseil de libération nationale (NLC) prit le pouvoir.

Nkrumah se réfugia alors en Guinée, où le président Ahmed Sékou Touré lui accorda l’asile et lui conféra un statut politique exceptionnel. Il passa ses dernières années en exil entre la Guinée et ses déplacements pour des raisons politiques et médicales.

Mort le 27 avril 1972 à Bucarest, en Roumanie, ses restes furent ensuite rapatriés en Afrique.

Après une première inhumation en Guinée puis à Nkroful, son village natal, ils furent finalement transférés à Accra, où ils reposent aujourd’hui au sein du mausolée du Memorial Park.

Fathia Nkrumah, une histoire entre le Ghana et l’Égypte

Le site raconte également l’histoire de Fathia Nkrumah, l’épouse égyptienne de Kwame Nkrumah.

Leur mariage symbolisait, selon les récits historiques présentés au public, les liens que Nkrumah souhaitait développer entre les peuples africains et arabes.

Fathia Nkrumah est décédée au Caire le 31 mai 2007. Conformément à sa volonté, ses restes furent transférés au Ghana et elle fut enterrée aux côtés de son époux au sein du mausolée d’Accra.

Ce mausolée constitue justement l’un des points culminants de la visite.

Selon le site officiel du Kwame Nkrumah Memorial Park, sa forme peut être interprétée comme une épée renversée, symbole de paix dans la culture akan, mais aussi comme un arbre déraciné, représentant l’œuvre inachevée de Nkrumah en faveur de l’unité africaine. L’édifice est entouré d’eau, symbole de vie et de continuité.

Cette symbolique rejoint le message panafricain qui traverse l’ensemble du parcours : l’indépendance acquise ne devait, selon la vision de Nkrumah, constituer qu’une étape vers une intégration plus poussée du continent.

Le musée conserve également plusieurs effets personnels du dirigeant ghanéen : vêtements, livres, photographies, mobilier et objets ayant accompagné sa vie politique.

Une exposition audiovisuelle permet par ailleurs aux visiteurs d’entendre sa voix et de revoir certaines images de ses discours et de ses activités politiques.

Le parc rénové comprend également une bibliothèque présidentielle, une salle audiovisuelle, un espace d’exposition, en plus du mausolée.

À travers ces objets, le visiteur découvre aussi un Nkrumah moins institutionnel : l’homme politique, l’intellectuel, le lecteur, mais également le dirigeant passionné par les questions de développement et d’éducation.

À la fin de la visite, le guide invite les visiteurs à regarder le mausolée sous un autre angle : celui d’un héritage transmis aux générations futures.

Le message se veut clair : au-delà de l’histoire du Ghana, le site entend rappeler une vision africaine fondée sur l’indépendance, la solidarité entre les peuples, la maîtrise des ressources et l’intégration continentale.

Le Kwame Nkrumah Memorial Park apparaît ainsi moins comme un simple lieu consacré à la mémoire d’un ancien chef d’État que comme un espace où se croisent histoire politique, mémoire nationale et projet panafricain.

À Accra, près de sept décennies après la proclamation de l’indépendance du Ghana, les traces de Kwame Nkrumah restent visibles.

Elles se lisent dans les monuments, les archives, les objets exposés et, surtout, dans une question qui continue d’interpeller les consciences : jusqu’où le rêve d’une Afrique unie peut-il encore inspirer les nouvelles générations ?

AN/BK

 

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