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Dakar, 12 oct (APS) – Le Sénégal ne pourra véritablement asseoir sa souveraineté que s’il parvient à penser par lui-même et pour lui-même, une perspective à laquelle le livre peut apporter une contribution majeure, a déclaré l’écrivain et critique littéraire sénégalais Abdoulaye Racine Senghor.
“Si nous voulons être souverains, il faut bien que l’on pense par nous-mêmes et pour nous-mêmes, et le livre est un outil excellent pour y parvenir”, a-t-il déclaré dans un entretien avec l’APS, en prélude à la 18ème édition de la Foire international du livre et du matériel didactique (FILDAK), qui s’ouvre jeudi, à Dakar, autour du thème “Transmission, bibliothèque et souveraineté”.
Abdoulaye Racine Senghor estime que la question de la souveraine peut également être atteint lorsque les langues nationales sont “encouragées, enseignées et développées”.
“Il faut qu’il y ait des gens qui sachent lire et écrire en langues nationales, pour atteindre cette souveraineté. C’est une priorité absolue”, fait valoir l’ancien directeur de l’enseignement secondaire à la retraite.
Il insiste sur le fait que le livre permet de transmettre “plus facilement, plus largement, plus utilement” tout ce dont le pays dispose “comme patrimoine et rêve”.
“Le livre est un excellent moyen pour transmettre aussi ce rêve-là, à partir d’un soubassement qui est ce que nous avons de meilleur, et cela construit le patrimoine”, a-t-il dit.
Selon Abdoulaye Racine Senghor, le thème retenu pour la prochaine FILDAK devrait “susciter des débats et agiter les esprits”, en vue d’inciter à plus de créativité.
“Au fond, la littérature comme l’art n’a de sens que lorsqu’il y a de la créativité, du nouveau. Je pense que les gens font de très gros efforts pour que le livre soit à proximité du lecteur, cela reste indéniable et il faut l’encourager”, a ajouté Abdoulaye Racine Senghor.
Le numérique, une véritable chance
Il considère, à ce sujet, que le numérique représente “une véritable chance”, mais invite toutefois à utiliser le numérique “à bon escient”.
“En même temps qu’on développe les livres papiers, il faut profiter de ce que la modernité nous a apporté, qui est le numérique. Il ne faut pas en avoir peur”, insiste l’ancien directeur des Arts.
Le livre, devrait lui-même être “réinventé” en tenant compte des nouvelles technologies, la fonction auteur aussi, comme celle d’enseignant, poursuit-il.
S’agissant du débat sur le recours à l’intelligence artificielle par certains auteurs, Abdoulaye Racine Senghor estime qu’il faudrait mettre ce sujet sur “le compte de la modernité”.
“Il faut qu’on réfléchisse sur ces questions d’auteur et de texte, compte tenu de tout ce qu’il y a de nouveau, car on ne peut pas se débarrasser de l’IA et s’en échapper”, dit-il.
Il pense toutefois que la création littéraire devrait être “l’expression de l’auteur” et non de quelque objet ou des machines.
“Je n’ai jamais fait l’expérience d’écrire avec l’intelligence artificielle, je ne sais même pas à quoi cela doit ressembler. Mais c’est vrai que ce n’est plus une âme humaine sensible qui écrit”, relève-t-il.
La FILDAK, une aubaine pour les jeunes écrivains
Il soutient par ailleurs que l’existence du Cénacle des jeunes écrivains n’empièterait en rien la continuité de la FILDAK, en ce sens que celle-ci demeure une bonne opportunité pour ces derniers.
“La FILDAK est fait pour le Cénacle, pour tous les écrivains. C’est un grand marché qui leur permet de faire la promotion de leur livre”, insiste-t-il.
Il invite cependant à encourager les auteurs à écrire, mais aussi à faciliter l’édition des livres, tout en insistant sur “la rigueur” qu’il faudrait mettre dans l’édition.
“L’édition doit être rigoureuse. Ce n’est pas un jeu. On n’édite pas n’importe quoi. Il faut faire très attention à ce qu’on édite. Il faut éditer de bons livres”, suggère-t-il.
“Ceux qui ne savent pas écrire, il faudrait leur apprendre à écrire et les aider à éditer en accordant plus de facilités aux maisons d’éditions”, qui doivent, à ses yeux, bénéficier de conditions devant faciliter leur épanouissement.
L’épanouissement des maisons d’éditions offre la possibilité de réaliser des livres de qualité, soutient-il.
Il milite aussi pour “des librairies sur l’ensemble du territoire. Cela n’est pas seulement l’affaire de l’Etat. Les collectivités, les mairies, les citoyens lambda, tout le monde peut prendre ces genres d’initiatives”, ajoute M. Senghor.
D’après Abdoulaye Racine Senghor, l’amour de la lecture relève de l’éducation que les enfants reçoivent des parents.
“Il faut éduquer les enfants à lire. Cette éducation commence à la maison. Si on est préparé à lire, on est préparé à acheter des livres”, indique le critique littéraire.
“Il faut éduquer les enfants à la lecture, dans les maisons, ensuite dans les écoles, en renforçant notamment les bibliothèques”, plaide-t-il, insistant sur l’importance d’élever les enfants dans un environnement de lecture, en vue de les pousser à cette pratique.
AMN/ FKS/BK

