Le 7 mars occupe une place singulière dans l’histoire du Sénégal. Il marque la commémoration de « Talaatay Nder », un épisode tragique et héroïque de 1820 au cours duquel les femmes de Nder choisirent de s’immoler par le feu plutôt que d’être capturées et réduites en esclavage.
Ces femmes sont aujourd’hui reconnues comme des figures majeures de la résistance sénégalaise. Leur geste, aussi radical que tragique, reste l’une des expressions les plus fortes de la défense de la dignité humaine.
Nous sommes en 2026, et cela fait donc 206 ans…
À la veille du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes officialisée par les Nations Unies en 1977, ce souvenir mérite d’être revisité, cet héritage questionné. Car au-delà des commémorations et des discours, l’histoire de Nder pose une question fondamentale : qu’avons-nous réellement fait, collectivement, pour garantir les droits et la dignité des femmes au Sénégal ces 10 dernières années ?
Le thème retenu cette année — « Droits. Justice. Action. Pour toutes les femmes et les filles » — sonne comme un rappel. 49 ans après l’officialisation de cette journée, la question des droits reste au cœur des préoccupations.
D’abord, les droits civils et politiques. Les femmes disposent du droit de vote, du droit d’éligibilité et du droit de participer à la vie publique. Pourtant, la représentation effective des femmes dans les sphères de décision demeure un sujet de débat.
Combien de femmes siègent aujourd’hui au gouvernement ? Combien occupent des postes de responsabilité stratégique dans l’appareil d’État ? Combien sont utilisées à des fins très peu louables, tel un appât, la source de toutes les discordes…
Ensuite, les droits économiques et sociaux. L’accès au travail, à l’égalité salariale, à la propriété et à la gestion de ses biens constitue un pilier de l’autonomie des femmes.
Dans la réalité, nombre d’entre elles continuent d’être pénalisées en raison de leur réussite professionnelle ou de leur indépendance économique. L’accès à la terre reste également un enjeu majeur, certaines femmes étant encore contraintes d’abandonner leurs biens en raison de normes sociales ou familiales.
La question des violences faites aux femmes demeure également préoccupante. Le droit de vivre sans violence — qu’elle soit domestique, psychologique ou sexuelle — est un principe fondamental.
Pourtant, ces dernières années, plusieurs cas de féminicides ont profondément marqué la société sénégalaise. Les réponses institutionnelles et judiciaires restent souvent jugées insuffisantes par l’opinion publique.
Ces drames atroces émeuvent l’opinion pendant quelques jours. Ils sont ponctués de communiqués de presse ici ou là. Puis le silence retombe.
On ne nous dit presque jamais ce que devient le coupable. Les récits sordides alimentent les tabloïds et les unes des journaux, avant d’être remplacés par un autre drame. Et c’est tout.
Aucune sanction forte, aucune réponse suffisamment dissuasive pour que ceux qui seraient tentés d’exercer la violence se disent qu’ils devraient y réfléchir à deux fois avant de maltraiter une femme.
Les droits au sein de la famille, quant à eux, demandent une réforme urgente. Le Code de la famille sénégalais, adopté en 1972 et entré en vigueur en janvier 1973, régit les questions relatives au mariage, au divorce, à la filiation et à l’héritage.
Conçu initialement pour concilier tradition et droit moderne, ce texte a connu sa dernière modification majeure en 1999, il y a 27 ans. Pour le reste, depuis 54 ans, rien n’a changé…
Ironiquement, ce texte est plus ancien que la Journée internationale des droits des femmes que nous célébrons chaque 8 mars. Une incohérence qui interroge !
Et que dire de la fameuse « puissance paternelle » consacrée par notre Code de la famille ? Une notion héritée d’un autre temps, alors même que chacun sait que, dans la majorité des foyers, la femme est la véritable colonne vertébrale de la famille.
C’est elle qui donne naissance.
C’est elle qui nourrit.
C’est elle qui éduque.
C’est elle qui soigne et protège…
Enfin, l’accès à l’éducation reste une condition essentielle de l’inclusion de nos jeunes filles. Malgré les progrès réalisés, certaines continuent d’interrompre leur scolarité pour des raisons liées à la précarité menstruelle, faute d’accès à des protections hygiéniques.
Et en ce 8 mars 2026, la concomitance du Ramadan et du Carême invite à la réflexion et à l’introspection. Dans ces périodes spirituelles, il serait sage de reconnaître que la question des droits des femmes ne relève pas d’une opposition idéologique entre hommes et femmes.
Elle relève avant tout d’un impératif de dignité humaine…
L’histoire des femmes de Nder nous rappelle qu’il y a 206 ans, des femmes ont été prêtes à sacrifier leur vie pour préserver leur liberté et leur dignité.
La question qui se pose aujourd’hui est simple : sommes-nous, en tant que société, hommes et femmes, en train de transmettre les valeurs cardinales qui justifient cet héritage — et ce dans toutes les sphères ?
Puissions-nous trouver des réponses avant le 8 mars 2027, afin que, lorsque viendra le temps de célébrer nos victoires, elles aient d’abord été véritablement gagnées.
Ndeye Absa Gningue
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