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Samedi, mai 16, 2026

De l’Inde au Sénégal, les femmes endettées au service du capitalisme : épisode 4/4 du podcast Vivre la dette

Sous-représentées dans l’imaginaire de la finance mondiale, les femmes, de l’Inde à la France en passant par le Sénégal, sont pourtant les premières à prendre en charge la dette des foyers. Un travail chronophage et non rémunéré qui permet au système capitaliste de prospérer.
Dans le monde, un tiers des familles vivent chroniquement endettées. Une dette dont le remboursement et la gestion quotidienne reviennent souvent aux femmes, qui sont pour beaucoup d’entre elles en charge du foyer et dépendantes du salaire de leur conjoint.
Sous-représentées dans l’imaginaire de la finance mondiale, les femmes, de l’Inde à la France en passant par le Sénégal, font pourtant “rouler” la dette des ménages au prix de leur temps, de leur énergie et de leur corps. Ce travail, chronophage et non rémunéré, répond à plusieurs injonctions parfois contradictoires : respectabilité, désirabilité et solvabilité, prolongeant ce que l’économiste Isabelle Guérin nomme la “dette patriarcale”. Au-delà de la dépendance économique des femmes aux hommes, la « dette patriarcale » est « à la fois morale, financière et sexuelle« , explique Isabelle Guérin.  En effet, « être femme, dans un certain nombre de circonstances, c’est être en dette. Lorsque je suis femme, je dois quelque chose à mes enfants, à mon conjoint, à la communauté, aux dieux, aux banques, à la nation toute entière. »

Dans son livre La femme endettée. À l’ombre de la finance mondialisée (éd. La Découverte, 12 février 2026), Isabelle Guérin prend notamment l’exemple des femmes du Tamil Nadu, « miroir grossissant » des processus qui sous-tendent l’endettement des femmes. Ainsi, dans cette région du Sud de l’Inde, « l’explosion du marché du crédit féminin est allé de pair avec une transformation radicale de qui se marie avec qui, de qui « couche » avec qui, pour dire les choses un peu crûment « . Les standards féminins se sont donc adaptés à ces mutations : « il y a une trentaine d’années, les hommes cherchaient plutôt des paysannes costaudes, comme les femmes le disent elles-mêmes, capables de travailler la terre et disposant d’une certaine liberté sexuelle. Aujourd’hui, les hommes cherchent plutôt des femmes aimantes, qui dédient leur sexualité à la reproduction et au couple, qui s’occupent de leurs enfants, et qui gèrent les dettes. »
L’équipe

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