- Le Sénégal a exécuté 51,02% des investissements publics prévus entre 2020 et 2024, selon l’Observatoire national de l’investissement (ONI).
- Le gouvernement a alloué 8 760,81 milliards de francs CFA (15 milliards de dollars) à l’investissement public après ajustements budgétaires, mais les autorités ont exécuté 4 469,77 milliards de francs CFA.
- Dakar a lancé une nouvelle stratégie d’investissement 2026-2028 axée sur les infrastructures, l’énergie, le capital humain et la compétitivité du secteur privé.
Le Sénégal a exécuté 51,02 % de ses investissements publics prévus entre 2020 et 2024 malgré des allocations budgétaires importantes, mettant en évidence les défis persistants de mise en œuvre alors que le gouvernement a lancé une nouvelle stratégie de financement et d’investissement pour 2026-2028 axée sur la transformation structurelle.
Selon les données de l’Observatoire national des investissements (ONI), le Sénégal a initialement alloué 8 234,84 milliards de FCFA aux projets d’investissement public dans le cadre de la loi de finances au cours de la période. Les autorités ont ensuite augmenté ce montant à 8 760,81 milliards de francs CFA, soit environ 15 milliards de dollars, après ajustements budgétaires. Cependant, le gouvernement a effectivement exécuté 4 469,77 milliards de FCFA sur la période de cinq ans.
En outre, les autorités ont mis en œuvre 827 des 1 019 projets et programmes prévus, tandis que 192 projets n’ont pas progressé.
Même si les allocations budgétaires et les investissements approuvés ont généralement augmenté et ont atteint respectivement 1 836,3 milliards de FCFA et 2 139,8 milliards de FCFA en 2024, l’exécution des investissements a perdu de son élan après 2022.

Par ailleurs, les investissements exécutés ont augmenté jusqu’en 2022 avant de baisser en 2023 et 2024 à des niveaux proches de ceux enregistrés en début de période. Cependant, le rapport de l’ONI n’a pas précisé les raisons de ce faible taux d’exécution.
Pour mémoire, la Cour des comptes a publié en février 2025 un audit couvrant la période 2019-2024. L’audit a identifié « dette cachée » équivalant à 99,67% du produit intérieur brut, alors que le Fonds monétaire international a estimé plus tard ce chiffre à 132% du PIB, bien au-dessus du niveau de 74% annoncé par le gouvernement de l’ancien président Macky Sall.
Dans son rapport, la Cour des comptes critique les pratiques budgétaires irrégulières, notamment la réaffectation artificielle des recettes d’un exercice budgétaire à l’année précédente pour réduire le déficit déclaré.
Le tribunal a également déclaré que les autorités avaient omis certaines réclamations douanières, ce qui faussait l’évaluation des finances publiques, tandis que les dépenses budgétaires n’avaient pas fait l’objet d’une évaluation annuelle, en violation des règles de l’Union économique et monétaire ouest-africaine.
Nouvelle stratégie pour accélérer la transformation économique
La structure de financement a montré une forte prédominance des ressources intérieures, qui ont financé 93,4% des investissements exécutés et reflétaient une dépendance limitée à l’égard des prêts et des dons.

Sur une base sectorielle, le secteur quaternaire, comprenant les activités d’information, de communication et de recherche, a capté plus des deux tiers du total des investissements, loin devant les secteurs primaire, secondaire et tertiaire.
Parallèlement, les infrastructures de transport, la connectivité régionale, les secteurs sociaux, la défense et la sécurité figuraient parmi les principales priorités budgétaires du gouvernement.
Pour renforcer l’impact des dépenses publiques, Dakar a lancé un plan spécial d’investissement et de financement 2026-2028.
Le Premier ministre Ousmane Sonko a présenté le programme en janvier 2026. Le plan vise à transformer structurellement l’économie grâce à des investissements ciblés dans les infrastructures, l’énergie, le capital humain et la compétitivité du secteur privé.
Les projets phares comprennent le port sec de Tambacounda, le projet Grand Water Transfer, les agropoles du Sud et du Centre et les ports de Ndayane et Sendou.
Pour l’exercice 2026, le gouvernement a alloué 2 384,3 milliards de FCFA à l’investissement public.
Dans le même temps, le Sénégal cherchait à accroître l’attractivité de son économie pour les capitaux privés.
Le gouvernement a adopté en septembre 2025 un nouveau code des investissements prévoyant des procédures numérisées, un guichet unique dématérialisé, des délais de traitement raccourcis à 10 jours ouvrés et des incitations fiscales stabilisées.
La réforme semble déjà porter ses fruits puisque le forum Investir au Sénégal 2025, tenu un mois plus tard, a obtenu 23 milliards de dollars d’engagements d’investissements privés et a renforcé l’ambition du pays de faire des partenariats public-privé un moteur central de la croissance future.
Charlène N’dimon

