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Un nouveau rapport prévient que la rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko pourrait déclencher une impasse politique entre les pouvoirs exécutif et législatif du Sénégal.
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L’alliance qui a porté les deux hommes au pouvoir en 2024 s’est effondrée après des désaccords croissants sur les réformes, la politique économique et la gouvernance.
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Alors que Sonko dirige désormais l’Assemblée nationale, les analystes craignent une paralysie institutionnelle alors que des réformes clés restent inachevées.
L’effondrement de l’alliance politique entre le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre Ousmane Sonko, aujourd’hui président de l’Assemblée nationale, pourrait entraîner des tensions sans précédent entre les pouvoirs exécutif et législatif et potentiellement plonger le Sénégal dans une crise politique majeure. C’est l’avertissement contenu dans un rapport publié le 27 mai par l’Institut français des affaires internationales et stratégiques (IRIS).
Titré Sénégal : L’histoire d’un divorce entre le président Faye et le premier ministre Sonkole rapport affirme que la rupture entre les deux alliés politiques de longue date est devenue officielle le 22 mai, lorsque le président Faye a démis Sonko de son poste de Premier ministre et dissous le gouvernement.
Les deux hommes partageaient une longue histoire personnelle et politique. Amis dans la vie privée et partenaires politiques, ils ont cofondé les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (PASTEF) en 2014. Ils se sont d’abord rencontrés alors qu’ils étaient étudiants, puis ont fréquenté ensemble l’École nationale d’administration du Sénégal, ont poursuivi des carrières d’inspecteur des impôts et ont tous deux passé de temps en prison au Cap Manuel.
Leur partenariat politique a pris forme lorsque Sonko a choisi Faye comme candidat de remplacement à l’élection présidentielle de 2024 après que des contestations judiciaires l’ont empêché de se présenter. Leur rapide ascension au pouvoir s’est construite autour du slogan« Diomaye c’est Sonko, Sonko c’est Diomaye. »
Pourtant, de nombreux Sénégalais considéraient Sonko – et non Faye – comme le véritable vainqueur des élections. À l’époque, Sonko était déjà une personnalité politique bien connue, tandis que Faye restait relativement méconnue du grand public.
Sonko est devenu une force majeure de la politique sénégalaise en 2019, surprenant de nombreux observateurs en terminant troisième de la course à la présidentielle. Son message de changement politique, de résistance et de renouveau a trouvé un fort écho auprès des électeurs. Malgré des années de problèmes juridiques, notamment dans l’affaire très médiatisée Sweet Beauty impliquant des allégations de viol et de menaces de mort, il a conservé un fort soutien, en particulier parmi les jeunes Sénégalais.
Dans ce contexte, le rapport affirme que Faye n’aurait probablement pas accédé à la présidence sans la popularité de Sonko et le lien politique et émotionnel profond qu’il a noué avec de larges segments de la société sénégalaise. Si Faye détenait une légitimité électorale, Sonko restait la figure politique dominante du mouvement.
Le rapport note que le partenariat a finalement échoué au test de gouvernance. Leur amitié, autrefois considérée comme indestructible, a progressivement cédé la place au conflit après deux années de frustrations croissantes. Les principaux désaccords portaient sur le rythme des réformes, la manière de gérer les chiffres de l’administration précédente et les changements apportés au système judiciaire.
Sonko a publiquement exprimé son impatience face aux progrès du gouvernement sur plusieurs fronts et a continué à privilégier un style de confrontation axé sur un changement rapide. Faye, en revanche, a adopté une approche plus prudente et a cherché à travailler dans le cadre des contraintes institutionnelles et internationales.
Un scénario à haut risque
Des divergences sont également apparues sur la dette publique, les relations avec le Fonds monétaire international, le financement politique et la stratégie économique plus large. Sonko aurait été favorable à une plus grande distance par rapport au FMI, tandis que Faye aurait adopté une position plus pragmatique.
Ces divisions sont devenues impossibles à ignorer lors du « Rencontre Tera », un grand rassemblement du PASTEF organisé par Sonko le 8 novembre 2025 au stade Léopold Sédar Senghor de Dakar. L’événement a mis en lumière les tensions croissantes entre les deux dirigeants et a mis en évidence les limites d’une double structure de direction au sommet du gouvernement.
La participation massive a rappelé qu’une grande partie de la force politique du mouvement restait centrée sur Sonko. Officiellement présenté comme un bilan des 18 premiers mois de mandat du gouvernement et une relance de l’agenda du PASTEF, le rassemblement a été largement considéré comme une démonstration de pouvoir politique.
Selon le rapport, le message n’a pas échappé au palais présidentiel. Faye a rapidement réagi en renforçant son propre réseau politique au sein de la coalition « Diomaye Président » et en donnant un rôle central à Aminata Touré. Cette décision a été largement interprétée comme un signal indiquant que le président avait l’intention d’établir une plus grande indépendance par rapport à Sonko.
Touré, ancien Premier ministre de l’ex-président Macky Sall qui a ensuite rejoint l’opposition, reste une figure controversée au sein du PASTEF. De nombreux militants du parti ont critiqué son association passée avec l’administration précédente et son soutien tardif au mouvement.
Faye semblait néanmoins déterminé à démontrer qu’il n’agissait plus sous l’influence de Sonko. L’accord non écrit qui liait les deux hommes a commencé à s’effriter, aboutissant au limogeage de Sonko du poste de Premier ministre.
Le rapport décrit cette évolution comme un renversement dramatique, l’ancien héritier présumé se retournant finalement contre le leader politique qui l’a aidé à accéder au pouvoir. Comme l’a si bien fait remarquer l’homme d’État britannique Lord Palmerston, la politique n’a pas d’amis ni d’ennemis permanents, seulement des intérêts permanents.

La fin du partenariat Faye-Sonko a désormais remodelé le paysage politique du Sénégal. La situation est devenue encore plus préoccupante après la démission du président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, permettant à Sonko de prendre ses fonctions le 26 mai. En tant que chef du parti au pouvoir, qui contrôle 130 des 165 sièges de l’Assemblée, Sonko occupe désormais l’un des postes les plus puissants du pays. L’ancien Premier ministre a effectivement retrouvé le rôle qui a bâti sa popularité : celui de leader de l’opposition.
IRIS prévient que cette nouvelle configuration pourrait conduire à des tensions sans précédent entre la présidence et le Parlement, augmentant ainsi le risque d’une impasse politique. Le président se retrouve désormais privé de son allié politique le plus important, face à une législature contrôlée par son ancien partenaire. Le rapport note également que cette période d’incertitude survient alors que bon nombre des réformes promises en 2024 restent inachevées.
En fin de compte, ce sont peut-être les Sénégalais ordinaires qui en supporteront le plus lourd tribut. Les jeunes et les ménages déjà aux prises avec le chômage, la baisse du pouvoir d’achat et la pression sur les services publics pourraient payer le prix d’un conflit qui se déroule aux plus hauts niveaux du gouvernement.
Walid Kéfi

