- L’Afrique de l’Ouest intensifie ses efforts contre la pêche illégale, non déclarée et non réglementée
- Des patrouilles régionales ont intercepté des navires violant les licences, les quotas et les règles de suivi
- La Déclaration de Dakar renforce la coopération, la surveillance et la participation communautaire
Les initiatives anti-pêche INN se sont multipliées dans toute l’Afrique de l’Ouest au premier semestre 2026, avec une mobilisation de la société civile, des opérations de surveillance maritime et une coopération régionale renforcée, marquant un effort concerté pour construire une réponse plus coordonnée à l’ampleur des pertes dans le secteur.
A l’occasion de la Journée internationale de lutte contre la pêche INN, célébrée vendredi 5 juin, voici un tour d’horizon des principales évolutions enregistrées au cours des six premiers mois de l’année.
La Déclaration de Dakar donne un nouvel élan aux efforts anti-INDNR
L’année a commencé avec l’adoption, le 13 février, de la Déclaration de Dakar contre la pêche INN, menée par les syndicats de marins, les organisations de pêche et les acteurs de la société civile. La déclaration n’est pas un cadre interétatique mais une initiative de plaidoyer et de coordination menée principalement par la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF) et plusieurs organisations partenaires.
Il appelle à une coopération régionale plus forte grâce au partage de renseignements, à l’harmonisation des mécanismes de contrôle et à l’application efficace des instruments internationaux, en particulier l’Accord sur les mesures du ressort de l’État du port (PSMA) et la Convention de l’OIT sur le travail dans la pêche (C188).
Au-delà des questions techniques, la déclaration met davantage l’accent sur les questions sociales, en soulignant la nécessité d’intégrer les communautés de pêcheurs artisanaux dans la gouvernance du secteur – un domaine souvent dominé par les acteurs industriels et exposé aux activités illégales.
Parmi les signataires figurent la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF), le Syndicat des dockers maritimes du Ghana (MDU), l’Union démocratique des travailleurs du Sénégal (UDTS), le Syndicat des marins pêcheurs de Côte d’Ivoire (SYMAPECHI) et l’ONG Greenpeace Afrique.
Renforcer les opérations conjointes de surveillance maritime
Suite à cette initiative, la Commission sous-régionale des pêches (CSRP) a coordonné l’opération Espadon, soutenue par l’Union européenne à travers le projet Agir-Inn. Menée du 9 au 22 février 2026, l’opération a mobilisé les forces navales du Sénégal, de la Mauritanie, de la Gambie et du Cap-Vert.
La mission conjointe a permis l’arraisonnement de huit navires de pêche industrielle soupçonnés d’activités illégales, grâce à une stratégie combinant surveillance par satellite et partage d’informations entre États, avec le soutien de partenaires techniques européens. Les navires interceptés ont commis toute une série d’infractions, allant de l’exploitation sans permis à l’incapacité d’émettre des signaux de repérage, à l’utilisation de filets non conformes et au dépassement des quotas de pêche.
Au-delà des résultats immédiats, l’opération a mis en évidence un changement d’approche régionale, les autorités passant progressivement des patrouilles conventionnelles à des systèmes basés sur le renseignement maritime et l’analyse de données.
Une première patrouille régionale conjointe dans le Golfe de Guinée
Plus récemment, le Comité des pêches pour le centre-ouest du golfe de Guinée (FCWC) a organisé la première patrouille régionale conjointe de surveillance des pêches dans les zones économiques exclusives du Ghana, de la Côte d’Ivoire et du Libéria du 6 au 12 avril 2026.
Menée en partenariat avec l’Agence européenne de contrôle des pêches et le Programme Océan durable en Afrique de l’Ouest (WASOP), l’opération visait à renforcer la coopération entre les centres de surveillance nationaux et à améliorer la coordination des moyens navals, aériens et électroniques.
Au total, 89 navires ont été enregistrés lors de la patrouille, dont des navires industriels, des chalutiers et des embarcations artisanales. Quatre navires ont été interceptés pour violations et transférés aux autorités nationales compétentes. L’opération a démontré une meilleure connaissance du domaine maritime et une plus grande dépendance à l’égard d’outils de surveillance partagés, notamment des systèmes de suivi par satellite et des navires.
Vers une architecture régionale de lutte contre la pêche INN
Prises ensemble, ces initiatives – qu’elles soient coordonnées entre elles ou non – reflètent l’émergence progressive d’une architecture régionale de lutte contre la pêche INN en Afrique de l’Ouest. Ils suggèrent une réponse régionale plus large dans une région où la pêche INN n’est plus considérée uniquement comme un problème de lutte contre la fraude maritime, mais comme un défi économique, social et de sécurité alimentaire.
Cette architecture reste néanmoins fragmentée et fortement dépendante d’initiatives ponctuelles et de financements externes, ce qui soulève des questions quant à sa viabilité à long terme.
Stéphanas Associé

