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Lundi, juillet 27, 2026

Faye se détache de Sonko et construit un nouveau camp politique alors que le programme de réforme du Sénégal entre dans une nouvelle phase

  • Le président Bassirou Diomaye Faye a lancé son propre parti politique après avoir rompu avec Ousmane Sonko.

  • Pastef contrôle toujours une large majorité parlementaire malgré la scission.

  • L’équilibre des pouvoirs au Parlement pourrait façonner le programme de réforme économique du gouvernement.

Comment le président Bassirou Diomaye Faye peut-il mettre en œuvre son programme économique sans contrôler une majorité parlementaire ? Cette question est devenue plus pressante après le lancement de son propre parti politique, Kiiraay, les Patriotes républicains, à Dakar le 25 juillet. Deux mois après avoir limogé Ousmane Sonko, Faye construit désormais sa propre base politique, tandis que le parti Pastef de Sonko conserve 130 des 165 sièges à l’Assemblée nationale.

Le nom Kiiraay, qui signifie « protection » ou « bouclier » en wolof, reflète l’identité que Faye veut donner au nouveau parti. Selon le président, il défendra la République, ses institutions et les valeurs de fraternité, d’éthique et de transparence.

Ce lancement fait suite à une annonce faite par Faye début juillet lors d’une réunion avec plus de 300 maires de la coalition présidentielle. À l’époque, il avait décrit le parti comme une plateforme destinée à unir les partisans du pouvoir exécutif et à contribuer à faire avancer les réformes gouvernementales, en particulier au niveau local.

Depuis, plusieurs élus locaux, personnalités politiques et représentants de la société civile ont rejoint le camp du président. Pastef a également enregistré de nombreuses défections.

Un président, une majorité parlementaire, deux centres de pouvoir

Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko sont arrivés au pouvoir ensemble en 2024. Interdit de se présenter à la présidence, Sonko a soutenu la candidature de Faye avant de devenir Premier ministre après la victoire électorale de Faye.

Deux ans plus tard, cette alliance s’est transformée en deux centres de pouvoir distincts. Faye dirige le pouvoir exécutif, tandis que Sonko reste à la tête de Pastef et est président de l’Assemblée nationale. Le limogeage de Sonko, le 22 mai, a mis fin à leur partenariat à la tête du gouvernement. En lançant Kiiraay, Faye cherche désormais à rallier des élus et des sympathisants qui ne s’identifient plus à Pastef.

Le conflit politique s’est ensuite déplacé vers la scène institutionnelle. Un amendement constitutionnel soutenu par la majorité Pastef proposait d’étendre les pouvoirs du Parlement et d’interdire au président d’exercer un rôle de direction dans un parti politique. Après que Faye a saisi le Conseil constitutionnel, le tribunal a annulé l’ensemble de la procédure le 9 juillet, estimant que les exigences constitutionnelles n’avaient pas été respectées.

Le Parlement détient la clé des réformes économiques

La création d’un parti présidentiel ne modifie pas l’équilibre des pouvoirs à l’Assemblée nationale. À moins qu’un grand nombre de députés ne fassent défection ou que de nouvelles élections législatives ne soient organisées, Faye continuera de gouverner aux côtés d’un Parlement contrôlé par Pastef.

Cette réalité place le pouvoir législatif au centre des prochaines décisions économiques du pays. Le Parlement vote le budget, examine la législation fiscale, supervise l’action du gouvernement et joue un rôle central dans l’adoption de réformes de gouvernance. Il peut approuver les projets de loi proposés par l’exécutif, les amender ou prioriser des mesures alternatives.

Ces pouvoirs revêtent un poids particulier à l’heure où le gouvernement cherche à redresser les finances publiques, à réduire le déficit budgétaire, à générer des recettes supplémentaires et à clarifier sa stratégie de gestion de la dette. Dans le même temps, elle doit obtenir de nouvelles ressources sans exercer de pression excessive sur les ménages et les entreprises, réduire les déséquilibres économiques et continuer à financer les infrastructures, les services publics et les programmes de développement.

Bon nombre de ces priorités nécessiteront des lois de finances, des mesures fiscales ou d’autres lois qui devront être adoptées par le Parlement. La capacité du gouvernement à mettre en œuvre son agenda économique dépendra donc aussi de la position prise par la majorité Pastef.

Il serait cependant prématuré de conclure que la scission entre Faye et Sonko a déjà mis en péril ces réformes. Il n’existe, à ce stade, aucune preuve d’une obstruction parlementaire systématique à la législation économique. Les prochains débats parlementaires montreront si la séparation politique se transforme en divisions institutionnelles durables ou si les deux camps préservent suffisamment de coopération pour faire avancer des réformes clés.

Louis Nino Kansoun

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