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Mercredi, juillet 29, 2026

La réforme de l’éducation prend de l’ampleur en Afrique de l’Ouest dans un contexte de pressions croissantes sur l’emploi

  • Plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest repensent leurs systèmes éducatifs en impliquant les éducateurs aux côtés des chefs religieux, des artistes, des entrepreneurs et de la société civile dans les réformes curriculaires.

  • Le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Ghana ont adopté des modèles de réforme distincts axés sur les valeurs nationales, les compétences fondamentales et la préparation au marché du travail.

  • Les gouvernements poursuivent leurs réformes éducatives dans un contexte de défis croissants en matière d’emploi, d’alphabétisation et de sécurité, suscitant des inquiétudes quant à savoir si les changements dans les programmes scolaires peuvent à eux seuls répondre aux besoins de main-d’œuvre de la région.

Le Sénégal avance dans la refonte de son système éducatif. Lundi 27 juillet à Dakar, le ministre de l’Éducation nationale, Moustapha Mamba Guirassy, ​​a inauguré le Cercle des hauts conseillers, un organe consultatif chargé de contribuer à définir les valeurs que l’école sénégalaise doit promouvoir et le profil du citoyen que le pays entend former d’ici 2050, selon un communiqué du ministère.

L’initiative reflète une tendance régionale plus large alors que plusieurs gouvernements d’Afrique de l’Ouest élargissent les processus de consultation pour inclure des parties prenantes au-delà des spécialistes de l’éducation.

Une tendance régionale croissante

Le Sénégal n’est pas le premier pays à adopter cette approche.

En 2022, la Côte d’Ivoire a lancé l’Assemblée générale nationale de l’éducation et de l’alphabétisation (EGENA), un processus de consultation à l’échelle nationale qui a impliqué tous les groupes socioprofessionnels à travers des discussions ascendantes dans chaque région et district. Les consultations ont abouti à un pacte de coopération soutenu par le Partenariat mondial pour l’éducation (GPE) avec un financement de 44,9 millions de dollars. De plus, le programme PATEB 2024-2028, soutenu par le Bureau international d’éducation de l’UNESCO (UNESCO-BIE), a introduit de nouveaux programmes pilotes pour l’enseignement préscolaire et secondaire inférieur en juillet 2025.

Parallèlement, le Bénin a adopté une approche scientifique. Le pays a lancé une réforme curriculaire fondée sur des données probantes en 2019 en suivant les recommandations du Groupe consultatif mondial sur les données probantes en matière d’éducation. Les autorités ont fondamentalement révisé les méthodes d’enseignement en introduisant un enseignement structuré et explicite tout en renforçant les compétences fondamentales en lecture, écriture et calcul. Le GPE a documenté les progrès de la réforme en février 2025. Le programme cible les enfants âgés de 3 à 18 ans et continuera de recevoir le soutien des organisations de la société civile jusqu’en 2026.

Le Ghana, pour sa part, a mobilisé plus de 300 experts nationaux au cours d’un processus de consultation de deux ans. Le Conseil national des programmes et de l’évaluation (NaCCA) a ensuite introduit un nouveau programme d’études secondaires à la rentrée 2024-2025 pour les lycées généraux, techniques et scientifiques. Le programme révisé intègre les valeurs ghanéennes, la pensée critique, l’intelligence artificielle et la culture financière. En décembre 2025, le ministre de l’Éducation, Haruna Iddrisu, a annoncé un examen supplémentaire visant à renforcer les compétences du XXIe siècle et à améliorer la préparation des étudiants au marché du travail.

Des réformes essentielles dans un contexte de pressions économiques croissantes

Toutefois, ces réformes se déroulent dans un contexte de pression croissante sur les marchés du travail ouest-africains.

L’Organisation internationale du travail (OIT) a déclaré dans une publication publiée en mai 2026 que les marchés du travail dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) restent dominés par l’économie informelle et par l’emploi des jeunes concentré dans l’agriculture à faible productivité. L’organisation a également souligné d’importantes disparités fondées sur le sexe, le handicap et la situation géographique. Les taux d’emploi des jeunes âgés de 15 à 29 ans variaient de 44,5 % à 79,7 % pour les hommes dans les pays membres en 2022.

Dans le même temps, le chômage continue de croître. La Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC) prévoit que le nombre de chômeurs dans la région passera de 5,3 millions en 2026 à 5,6 millions en 2027. Le Nigeria représente à lui seul environ 62 % de la population sans emploi de la sous-région.

Le défi de l’éducation reste tout aussi important. L’OIT estime qu’environ 23,5 millions de jeunes dans la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) étaient analphabètes en 2023.

Les conflits armés ont encore aggravé la situation. Selon les données du Groupe de travail sur l’éducation en situations d’urgence, le nombre d’écoles fermées en Afrique de l’Ouest et du Centre est passé de 14 364 entre juin 2024 à 14 829 en juin 2025. Les fermetures ont touché 2,8 millions d’enfants en 2024 et plus de 3 millions un an plus tard.

Dans ce contexte, les gouvernements considèrent de plus en plus la réforme de l’éducation comme nécessaire mais insuffisante en soi. Sans politiques d’emploi capables d’absorber de nouveaux diplômés, la réforme des programmes scolaires restera une condition nécessaire plutôt qu’une solution complète aux défis de développement de la région.

Cet article a été initialement publié en français par Félicien Houindo Lokossou

Adapté en anglais par Ange J. A de Berry Quenum

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