SEBEGAL-SOCIETE-NUMERIQUE
Dakar, 16 oct (APS) – Plus de 210 heures de données vocales en wolof, pulaar et sérère ont été collectées et annotées dans le cadre d’un projet visant à favoriser le développement de solutions d’intelligence artificielle adaptées aux réalités linguistiques du Sénégal, a-t-on appris des promoteurs de cette initiative.
Dénommée Kiriku Voice Inclusive & Creative Challenge, cette initiative s’inscrit dans le cadre d’un partenariat entre le ministère des Télécommunications et du Numérique, AI Hub Sénégal, et l’ambassade de France au Sénégal, avec la participation de Vie Publique Sénégal.
Elle vise à promouvoir l’utilisation du wolof, du pulaar et du sérère dans des applications numériques destinées notamment à l’éducation, à la santé, à l’agriculture, aux services financiers et à l’administration publique.
“Après des mois de travail, les résultats sont concrets. C’est plus de 210 heures de données vocales minutieusement collectées, annotées, dans trois langues locales. Parmi ces 210 heures, c’est 150 heures qui sont destinées à la reconnaissance automatique de la parole, et 60 heures à la synthèse vocale”, a déclaré Aymar Prigent, attaché de coopération pour l’innovation et l’économie numérique à l’ambassade de France au Sénégal.
Selon M. Prigent, ce travail a également permis le développement de modèles de reconnaissance et de synthèse vocales destinés à faciliter la conception d’applications capables de comprendre les langues nationales et de restituer des informations sous forme orale.
“Les données, les modèles et les outils d’évaluation associés sont mis à la disposition de la communauté technologique en open source, notamment sur la plateforme Hugging Face”, a-t-il indiqué.
Pour Aymar Prigent, l’investissement dans les données linguistiques locales constitue une étape déterminante pour développer une intelligence artificielle mieux adaptée aux besoins des populations.
La sous-représentation des langues africaines dans les technologies numériques risque d’exclure une partie des locuteurs des services numériques, a-t-il fait valoir.
Le président d’AI Hub Sénégal, Daouda Tandiang Djiba, a abondé dans le même sens, estimant que “l’avenir de l’intelligence artificielle en Afrique ne peut reposer uniquement sur l’utilisation de technologies conçues ailleurs”.

Il a plaidé pour le renforcement des compétences locales, la mobilisation des talents et le développement de ressources technologiques ouvertes, notamment dans le domaine des langues nationales.
“L’enjeu est de passer de la sensibilisation à l’expérimentation, puis de la création de prototypes à des solutions ayant un impact concret sur les populations”, a-t-il souligné.
Selon la représentante du ministère des Télécommunications et du Numérique, Marie-Louise Diokh, la souveraineté numérique repose aussi sur la capacité à développer des technologies incluant les langues, respectant les cultures et répondant aux réalités du pays.
Elle a rappelé que cette ambition s’inscrit dans la dynamique de transformation numérique portée par la “Vision Sénégal 2050” et le “New Deal technologique”.
Les promoteurs de ce projet entendent désormais encourager l’expérimentation de ces ressources dans des secteurs tels que la santé, l’agriculture, l’éducation, les services financiers, l’administration et les transports, afin de faciliter l’accès à l’information et aux services numériques.
Le développement de ces technologies vocales vise notamment à permettre aux personnes peu familières avec l’écrit ou les langues dominantes des interfaces numériques d’interagir plus facilement avec les outils et services disponibles.
AN/BK

