Le 25 mars, Journée internationale du souvenir des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique des esclaves, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté une résolution historique. Proposée par le Ghana, elle reconnaît la traite transatlantique des esclaves comme le « plus grave crime contre l’humanité » et appelle à des réparations. Au total, 123 pays ont soutenu la résolution ; trois s’y sont opposés, dont les États-Unis et Israël, tandis que 52 se sont abstenus, dont la Grande-Bretagne et plusieurs pays de l’Union européenne.
La résolution de l’ONU sur l’esclavage est un moment historique, mais la suite est encore plus importante. Avant l’adoption de la résolution, l’Union africaine a exhorté ses 55 États membres à poursuivre les réparations liées à l’esclavage par le biais d’excuses formelles, de restitution des objets volés, de compensations financières et de garanties de non-répétition.
Cela soulève une question que la résolution ne pose pas directement : des réparations de qui et à qui ? Si la réponse va simplement des gouvernements européens aux gouvernements africains, alors le mouvement en faveur des réparations risque d’ignorer la longue histoire de l’engagement européen en Afrique et, ce faisant, de rendre justice aux mauvaises personnes.
Ce qui manque dans le débat sur les réparations
Le cadre contemporain du débat sur les réparations est séduisant par sa simplicité : les Européens sont arrivés en Afrique, les Africains ont été réduits en esclavage, les Européens se sont enrichis et les Africains se sont appauvris. L’Europe doit donc à l’Afrique. Ce récit a une force morale, mais il risque d’aplatir l’histoire complexe de l’engagement européen avec le continent.
Même si les acteurs européens ont indéniablement stimulé la demande de main-d’œuvre asservie, les élites politiques et économiques africaines n’ont pas été des victimes passives. Ils ont joué un rôle important dans la capture, le transport et la vente d’esclaves aux commerçants européens.
Dans certains cas, les États africains, cherchant à accroître leurs finances et à consolider leur pouvoir territorial, se sont attaqués aux communautés voisines, les condamnant à l’esclavage dans un but lucratif. L’Empire Oyo, un puissant État yoruba situé dans ce qui est aujourd’hui le sud-ouest du Nigéria, s’est considérablement développé au XVIIIe siècle grâce à sa participation à ce commerce. Dans toute la région, les élites africaines qui en avaient les moyens ont soutenu le système en échangeant des esclaves contre des produits européens tels que de l’alcool, des textiles et d’autres produits manufacturés.
Rien de tout cela ne diminue la culpabilité européenne dans la traite négrière. La demande était européenne. Les navires étaient européens. Le système de plantation était européen. L’idéologie racialisée construite pour justifier l’esclavage était européenne. Mais cela complique l’histoire.
La traite transatlantique des esclaves n’était pas seulement un récit de victimisation africaine et de perpétration européenne. C’est une histoire de collaboration entre élites, qui n’a pas pris fin lorsque les navires négriers ont arrêté de naviguer.
L’argumentation historique : trois phases, une logique
La rencontre européenne avec les sociétés africaines peut être comprise en trois grandes phases, chacune distincte dans sa forme mais similaire dans la logique sous-jacente de l’extraction collaborative.
La première phase était l’esclavage. Les Européens extrayaient la main-d’œuvre humaine d’Afrique, souvent avec la participation active des dirigeants politiques africains. La Grande-Bretagne est devenue le premier pays de traite négrière au monde, transportant environ 3,4 millions d’Africains à travers l’Atlantique entre 1640 et 1807. L’abolition de la traite négrière britannique en 1807 a marqué la fin officielle de cette phase. Mais l’abolition n’a pas perturbé la logique sous-jacente de la collaboration des élites. Cela l’a remodelé.
La deuxième phase était le colonialisme. Un aspect moins compris de la domination européenne en Afrique est la façon dont certains dirigeants africains sont passés en douceur de collaborateurs pendant la traite négrière à intermédiaires pendant la période coloniale.
Au Nigeria, par exemple, les dirigeants régionaux africains sont devenus des intermédiaires pour les administrateurs britanniques. Comme le démontre l’historien nigérian Moses Ochonu dans Emirs in London, une étude sur les aristocrates musulmans du nord du Nigeria qui ont voyagé en Grande-Bretagne entre 1920 et l’indépendance en 1960, ces figures africaines étaient loin d’être des sujets passifs de la domination britannique. Ils ont activement exploité leurs relations avec les autorités britanniques pour renforcer leur propre autorité dans leur pays. De tels voyages sponsorisés vers le centre impérial ont contribué à solidifier les liens personnels entre les élites nigérianes et les administrateurs britanniques, renforçant ainsi le système de gouvernement indirect.
La troisième et actuelle phase est l’ère postcoloniale. Même si l’empire formel a pris fin, la structure de l’alignement des élites perdure. Dans des pays comme le Nigeria, la majorité des citoyens restent largement exclus du pouvoir politique et économique. Les successeurs institutionnels des intermédiaires et des collaborateurs à l’époque de l’esclavage et de la domination coloniale dirigent aujourd’hui les États postcoloniaux africains.
Plutôt que de démanteler les systèmes extractifs, beaucoup les ont réutilisés. Des schémas d’exclusion et d’extraction similaires qui ont défini les périodes antérieures ont été reproduits, laissant la majorité des Africains lésés par un système qui continue de servir les intérêts des élites.
La visite d’État du président nigérian Bola Tinubu au Royaume-Uni le mois dernier – complétée par une cérémonie royale, des séances de photos et des gestes symboliques – a reflété cette relation dont les origines se trouvent dans l’histoire même que condamne la résolution de l’ONU. Alors que la majorité des Nigérians sont confrontés à des conditions socio-économiques difficiles, le gouvernement britannique a annoncé que les entreprises nigérianes créeraient des centaines de nouveaux emplois au Royaume-Uni.
Il ne s’agit pas d’une anomalie mais d’une continuation de la logique extractive qui a façonné la traite négrière et le colonialisme. Il perdure, désormais reformulé dans le langage de la diplomatie et du partenariat.
Les réparations sont justes et la dette britannique est indéniable. Mais la direction compte. Si la compensation passe d’un groupe d’élites à un autre, la majorité opprimée des Africains sera à nouveau exclue. La véritable justice doit aller dans deux directions : des États européens vers les sociétés anciennement colonisées, et des élites africaines vers les citoyens qu’elles continuent d’exploiter.
Les opinions exprimées dans cet article appartiennent à l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la position éditoriale d’Al Jazeera.

