Moins de quatre heures. C’est le temps qu’il a fallu au Sénat nigérian, le 31 mars, pour approuver un engagement financier de 5 milliards de dollars sans rendre publics les conditions tarifaires, la durée du contrat ou les seuils d’appel de marge.
Le président Bola Tinubu a soumis deux lettres ce matin-là. Le président du Sénat, Godswill Akpabio, les a lus devant la chambre. Un vote a suivi. L’accord de swap sur rendement total (TRS) de 5 milliards de dollars avec la First Abu Dhabi Bank, soit l’équivalent d’un dixième du budget annuel du pays, a été ratifié selon le même processus que celui utilisé pour un changement de titre administratif.
L’ancien vice-président Atiku Abubakar a posé les bonnes questions : « Où était le débat ? Où était l’analyse rigoureuse ? Où était la responsabilité ?
Trois mois plus tard, le Fonds monétaire international (FMI) souligne ce que le processus parlementaire aurait dû documenter. Trois mois trop tard.
L’urgence n’excuse rien. Les trésors africains subissent de fortes pressions budgétaires, et c’est une réalité. Mais la pression budgétaire survient précisément au moment où le contrôle parlementaire doit être exercé le plus rigoureusement, et non au moment où il disparaît.
À Luanda, en décembre 2024, un prêt d’un milliard de dollars de JPMorgan a été obtenu sans débat parlementaire ni annonce publique. Ce n’est qu’après un appel de marge de 200 millions de dollars en avril 2025, déclenché par la baisse des prix des obligations angolaises, que l’instrument est sorti de l’ombre.
À Dakar, le gouvernement Faye-Sonko a accumulé 1,3 milliard $ de contrats similaires entre avril et novembre 2025, sans les divulguer avant de multiples rapports de l’Agence Ecofin et un article du Financial Times de mars 2026, 18 mois après avoir fondé sa légitimité politique sur la dénonciation des dettes cachées de Macky Sall.
Aucun de ces engagements n’a reçu le niveau d’examen qu’il méritait. Et c’est la structure même de l’instrument qui suscite des inquiétudes. Un accord dont l’opacité est une caractéristique structurelle, négocié en dehors du contrôle public, sans processus d’appel d’offres entre les contreparties, accompagné de frais d’arrangement non divulgués pouvant s’élever à des dizaines, voire des centaines de millions d’euros, et contenant des dispositions de déclenchement négociées sous la pression du Trésor plutôt que dans un environnement mesuré, crée des conditions idéales pour la recherche de rente par un petit nombre d’intermédiaires bien placés aux dépens des contribuables.
La transparence n’est pas un luxe procédural. C’est la seule garantie contre ce risque. Que devraient alors exiger les parlements africains ? Premièrement, ils devraient exiger des évaluations d’impact systématiques avant la ratification, y compris le coût total assumé, les scénarios d’appel de marge et la manière dont la transaction serait comptabilisée.
Deuxièmement, ils devraient exiger la publication complète des conditions contractuelles, y compris les frais, dans un délai raisonnable.
Enfin, ils devraient imposer des limites à l’utilisation de ces instruments dans les stratégies de gestion de la dette plutôt que de permettre aux ministres des Finances d’en faire un outil de financement de routine. Le FMI fait son travail en lançant des avertissements, en intégrant les accords de garantie nigérians dans son cadre analytique et en publiant un rapport documenté.
Mais le Fonds ne vote pas les budgets africains. Il ne représente pas les contribuables qui, en fin de compte, en supporteront le coût. Cette responsabilité appartient au continent lui-même et elle n’a pas été remplie. Il y a une raison plus profonde de s’inquiéter. Lorsqu’un instrument financier complexe se généralise sans surveillance, les conséquences ne se limitent jamais aux pays qui l’utilisent.
Les investisseurs internationaux regardent. Les plus prudents d’entre eux intègrent déjà cette subordination implicite dans leurs modèles et exigent une prime de risque plus élevée de la part de tous les émetteurs souverains africains, y compris ceux n’ayant jamais conclu d’accord de TRS. En d’autres termes, ils supposent qu’en période de tensions, ces banques seront remboursées avant les autres créanciers, y compris les détenteurs d’obligations souveraines conventionnelles.
Le TRS privatise les bénéfices et socialise les coûts. Il fournit des liquidités à court terme au Trésor qui le signe tout en augmentant de façon permanente le coût de l’emprunt associé au profil de crédit souverain du continent. La discipline budgétaire commence par la discipline démocratique. Les parlements de Lagos, Luanda, Dakar et ailleurs sur le continent le savent. Il est temps qu’ils l’exercent.
Fiacre E. Kakpo

