SENEGAL-EDUCATION-REPORTAGE
Dakar (APS) – Les cours de récréation ont changé d’ambiance dans les établissements scolaires de Dakar. À mesure que les compositions touchent à leur fin, les conversations ne portent plus sur les mathématiques ou la dictée, mais sur les vacances qui approchent. Derrière les éclats de rire et l’impatience de profiter de trois mois de repos se cache toutefois une autre émotion : la tristesse de quitter, le temps d’un trimestre, des camarades de classe devenus parfois comme des membres d’une seconde famille.
Au lycée Aminata Sow Fall, à la Patte d’Oie, la pause entre deux épreuves de composition ressemble déjà au premier jour des vacances.
Sous les grands arbres qui ombragent la vaste cour traversée de sentiers pavés, une foule d’élèves en uniforme beige se disperse dans toutes les directions. Certains courent, d’autres discutent à voix haute. Les rires et les cris couvrent presque le silence habituel des jours d’examen.
Près de la salle des professeurs, un groupe de jeunes filles garde des cahiers ouverts sur les genoux. Officiellement, elles révisent pour les dernières épreuves de sciences physiques, d’espagnol ou d’économie familiale, la tête déjà dans les futurs moments de vacances.
Élève en classe de quatrième, Fatou Ndiaye ne cache pas son impatience. “On révise parce qu’il reste encore quelques devoirs, mais nos visages affichent déjà la joie des vacances”, lance-t-elle dans un large sourire.
“Bouffée d’air” et voyage à l’intérieur du pays
Après neuf mois de cours, explique-t-elle, ces trois mois de vacances, de juin à septembre, représentent “une véritable bouffée d’air”.
“Il y a eu beaucoup de stress et de peur créés par l’envie d’avoir d bonnes notes durant l’année scolaire. Maintenant, on va pouvoir se reposer, manger, se détendre et faire tout ce qu’on aime”, dit-elle.
La collégienne passera l’essentiel de ses vacances à Dakar avant de se rendre quelques jours à Touba, lors du Magal de Touba prévu au mois d’août.
Derrière son enthousiasme, ses propos sont teintés d’une certaine nostalgie. “Mes camarades de classe vont beaucoup me manquer, de même que certains professeurs que j’apprécie énormément”, confie Fatou Ndiaye.
Pour maintenir le contact, elle va se rabattre sur les réseaux sociaux. “Je vais appeler mes camarades de classe en vidéo, discuter avec eux sur WhatsApp”, promet-elle.
Mané Diouf, élève en quatrième, partage le même mélange de joie et de tristesse. “Tout le monde est content quand la fin de l’année arrive. Pendant neuf mois, nous avons appris beaucoup de choses et nous nous sommes fait des amis extraordinaires”, avance-t-elle.
Si les vacances sont synonymes de repos et de préparation de la prochaine rentrée, elles créent également de l’éloignement.
“Les études sont parfois difficiles, alors les vacances permettent de souffler. Mais rester trois mois sans voir ses amis risque d’être difficile”, reconnaît-elle.
Durant les vacances, elle compte se rendre à Mbour pour retrouver son frère malade, et compte profiter de son séjour pour apprendre la cuisine.
“À l’école, on bavarde, on joue ensemble. Pendant les vacances, tout cela va me manquer. Certains camarades quitteront même l’établissement à la prochaine rentrée. Trois mois, c’est vraiment long”, soupire-t-elle.
La discussion est interrompue par l’arrivée d’un groupe de garçons. Babacar Diédhiou, lui aussi élève en quatrième, rejoint ses camarades une enroulant l’épaule de Laurent Djiba, son “cher ami”.
“Je participerai aux danses traditionnelles du Kumpo”
Babacar, originaire de Thiobon, dans le département de Bignona (sud), restera quelque temps à Dakar avant de rejoindre son village. “Je veux d’abord passer du temps avec mes amis avant de rentrer”, explique-t-il.
À ses côtés, Laurent Djiba prépare son départ pour Thionck-Essyl, également dans le sud du pays. “Je regrette de devoir quitter mes amis. Les moments où nous jouions ensemble vont beaucoup me manquer”, confie-t-il un brin résigné.
En revanche, il reconnaît dans un sourire espiègle que les études lui manqueront moins. Le collégien regrette toutefois de ne pas pouvoir facilement garder le contact avec ses camarades “Je n’ai plus leurs numéros. Ma mère avait pris mon téléphone durant l’année scolaire”, dit-il.
Durant les vacances, il prévoit d’aider son oncle dans un entrepôt où sont stockées des mangues qui seront convoyées à Dakar, avant de rejoindre sa grand-mère à Diagobel, une localité du département de Bignona. “Là-bas, je participerai aux danses traditionnelles du Kumpo”, dit-il avec enthousiasme.
Au CEM de Grand Yoff, situé dans la commune voisine, l’ambiance est plus calme. Beaucoup d’élèves ont déjà quitté les lieux après leurs compositions. Quelques groupes prolongent encore les discussions dans une cour moins ombragée que celle du lycée Aminata Sow Fall.
Mariama, élève en quatrième, foulard bleu assorti à son uniforme, vient de déposer sa dernière copie de la journée. Son visage trahit des sentiments contradictoires. “La séparation sera difficile, mais c’est la vie”, glisse-t-elle.
Comme beaucoup de ses camarades de classe, elle attend les vacances avec impatience. “L’année scolaire a été éprouvante”, dit-elle, même si elle avoue que le fait de se séparer de ses camarades le temps des vacances scolaires n’est pas une perspective facile.
Bénévolat et cours de vacances
Invitée par sa tante à passer les vacances à Conakry, en Guinée, elle envisage finalement de rester à Dakar. “Je préfère suivre des cours de vacances pour bien préparer mon entrée en troisième”, de manière à être bien outillée pour l’examen du Brevet de fin d’études moyennes (BFEM), explique-t-elle.
Pour Ami Sifaye Bodian, élève en troisième, la classe “était devenue sa deuxième famille. Nous avons traversé ensemble les bons comme les mauvais moments. Savoir que nous allons nous séparer me fend vraiment le cœur”, confie-t-il.
Les réseaux sociaux permettront de maintenir les liens, espère-t-elle. “Nous avons même un groupe WhatsApp. Certains camarades vont énormément me manquer”, reconnait-elle.

La collégienne compte rester à Dakar durant les vacances. “Je voudrais faire du bénévolat. Je ne sais pas encore dans quel domaine, mais je veux profiter utilement de cette période”, se projette-t-elle.
À Dakar, la fin de l’année scolaire plonge les collégiens dans un état d’esprit contradictoire. Impatients de profiter des vacances, ils sont aussi en proie à une certaine nostalgie rien qu’à l’idée de quitter, pour plusieurs semaines, des camarades de classe avec qui ils ont partagé neuf mois d’apprentissage, de complicité et de souvenirs.
BAB/ABB/BK

