SENEGAL-PATRIMOINE-ARCHIVES
Dakar, 26 oct (APS) – Le patrimoine audiovisuel du Sénégal est dense, mais une part importante de cette mémoire est conservée hors du territoire national, a souligné Adama Aly Pam, chef archiviste au siège de l’Unesco à Paris.
“Une part importante de cette mémoire du Sénégal est aujourd’hui conservée hors du territoire national, notamment dans les institutions patrimoniales des pays avec lesquels notre histoire a été étroitement liée”, a-t-il dit dans un entretien avec l’APS, dans le cadre de la Journée mondiale du patrimoine audiovisuel, commémorée chaque année le 27 octobre.
Il a également fait savoir que la volumétrie exacte de ce patrimoine audiovisuel n’est pas encore documentée.
Le patrimoine audiovisuel sénégalais doit être compris dans une acception très large, a-t-il suggéré. “Il embrasse aussi bien la mémoire radiophonique et télévisuelle que la production cinématographique, les actualités filmées, les documentaires, les photographies et les enregistrements sonores”, a précisé l’archiviste paléographe.
Ce patrimoine, selon lui, conserve également la trace des grands moments de la vie politique, institutionnelle, culturelle et sociale du pays, sans compter les fonds constitués par les cinéastes, journalistes, photographes et producteurs privés.
Parmi les documents audiovisuels conservés hors du Sénégal, il y a ceux détenus par la France, à l’Institut national de l’audiovisuel (INA) et à l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense (ECPAD).
“L’INA indique explicitement conserver et valoriser des archives de radio et de télévision françaises, notamment des collections relatives à l’histoire coloniale. L’INA et l’ECPAD ont également mis en ligne un corpus consacré aux indépendances et à la décolonisation, constitué à partir de leurs collections”, a dit Adama Aly Pam.
Il a relevé que la “vraie difficulté” du répertoriage des archives audiovisuelles réside dans le fait que le Sénégal ne dispose pas encore d’une “cartographie consolidée permettant de dire combien d’heures, de films, de bandes, de photographies ou d’enregistrements constituent le patrimoine audiovisuel sénégalais”.
Le patrimoine audiovisuel colonial, celui concernant le Sénégal en particulier, existe “incontestablement” dans les institutions françaises, mais le conservateur des archives relativise quant à leur récupération, ces documents n’appartenant pas forcément au Sénégal, a-t-il expliqué.
“Parler de +récupération+ doit être juridiquement nuancé. Les archives qui parlent du Sénégal ne sont pas forcément la propriété du Sénégal. L’INA conserve des fonds audiovisuels couvrant notamment l’époque coloniale et propose des ressources spécifiquement orientées vers l’histoire coloniale”, affirme-t-il, prônant une coopération mettant en avant l’inventaire et le partage du patrimoine entre la France et le Sénégal.
“Je privilégierais donc une politique de patrimoine partagé. La mise en place d’un cadre de coopération favorisant les inventaires, la numérisation et la mise en place des conditions de partage de données”, préconise Adama Aly Pam.
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