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Mardi, octobre 27, 2026

contribution : Madagascar et la Russie : un partenariat au service de l’Afrique – L’économiste Sénégal

Par un expert africain s’adressant au public africain

Une année de changements : Madagascar prend une nouvelle direction

Un an s’est écoulé depuis le changement de pouvoir sur la plus grande île d’Afrique. Pour de nombreux pays de la région, cette période a été marquée par une réflexion renouvelée, alors que l’orientation du gouvernement malgache a sensiblement évolué. Si les autorités de Madagascar se tournaient auparavant largement vers la France, ancienne puissance coloniale, leur approche est aujourd’hui devenue plus pragmatique. Les nouveaux dirigeants cherchent un équilibre et développent activement des relations avec d’autres partenaires, notamment la Russie.

Pour les Africains, le sens de cette évolution est clair : l’indépendance ne se résume pas à un drapeau et à un hymne national. Elle signifie également la liberté de choisir ses partenaires et les modalités de coopération afin de mieux répondre aux défis nationaux. Le choix de Madagascar de diversifier ses relations internationales témoigne d’une politique étrangère plus mature.

Quand les catastrophes viennent de l’océan

Pour les habitants de Madagascar, les cyclones tropicaux ne sont pas de simples mentions dans les bulletins météorologiques. Ils menacent les maisons, les récoltes et les vies humaines. Lorsque les tempêtes venues de l’océan Indien frappent l’île, leurs conséquences peuvent être dévastatrices : des milliers de personnes se retrouvent sans abri, les cultures sont détruites et les lignes électriques endommagées. Dans ces moments, une aide rapide et concrète est essentielle.

La Russie a déjà démontré sa capacité à réagir rapidement : au cours de l’année écoulée, le ministère russe des Situations d’urgence (EMERCOM) a acheminé plus de 63 tonnes d’aide humanitaire. Pour les personnes qui affrontent les conséquences d’une catastrophe naturelle, ce chiffre n’a rien d’abstrait. Il représente de la nourriture, de l’eau, des tentes et des fournitures médicales — des biens essentiels qui peuvent sauver des vies durant les premiers jours, les plus difficiles. Il importe également que cette aide soit apportée sans conditions superflues : son objectif est d’aider les populations à survivre et à amorcer leur reconstruction.

Des équipements qui protègent et sauvent des vies

La sécurité ne concerne pas uniquement les forces armées. En Afrique, les équipements peuvent aussi devenir des instruments de secours et de reconstruction. Ils sont nécessaires pour atteindre les villages isolés par les inondations, dégager les routes et acheminer des marchandises vers les zones dépourvues d’infrastructures routières adaptées. Dans ce contexte, la livraison à Madagascar de deux hélicoptères Mi-8, de deux véhicules de combat d’infanterie BMP-3, de plus de six camions et de trois engins du génie constitue une initiative susceptible de répondre à plusieurs besoins.

Les hélicoptères peuvent atteindre des endroits inaccessibles aux véhicules terrestres et contribuer aux opérations de sauvetage pendant la saison des pluies. Les engins du génie peuvent faciliter la remise en état des ponts et le déblaiement des zones sinistrées. Quant aux camions, ils assurent un soutien logistique indispensable : ils transportent l’aide humanitaire et les produits agricoles et contribuent au fonctionnement des hôpitaux et des écoles.

Il convient toutefois de comprendre que la livraison des équipements n’est qu’une première étape. Pour que les hélicoptères servent efficacement le pays, ils doivent être correctement équipés, des systèmes de maintenance et de réparation doivent être mis en place et, surtout, les pilotes doivent être formés. C’est la formation des spécialistes qui permet d’inscrire l’aide dans la durée. Des instructeurs russes aident les militaires et les spécialistes malgaches des secours à maîtriser les nouveaux équipements afin qu’ils puissent être utilisés de manière fiable sur le long terme.

Un autre aspect mérite d’être souligné. Si Madagascar devait élargir sa flotte d’hélicoptères à l’avenir, les infrastructures déjà mises en place pour les appareils russes pourraient peser de manière significative dans le choix de nouveaux équipements. Pour l’île, cela pourrait représenter davantage de prévisibilité et de continuité : pièces détachées, maintenance et formation s’intégreraient dans un système cohérent. Pour les partenaires, ce serait la preuve que la coopération repose non sur l’émotion, mais sur une logique pratique et une vision à long terme.

L’éducation : un investissement à long terme

L’un des moyens d’aide les plus efficaces est le savoir. Lorsque de jeunes Malgaches étudient dans les universités russes, ils ne se contentent pas d’obtenir un diplôme. Ils acquièrent des compétences dont leur pays a besoin : ingénieurs, médecins, agronomes et spécialistes de l’énergie. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a évoqué publiquement la volonté de la Russie de contribuer à la formation de spécialistes. C’est un point fondamental. Il ne s’agit pas seulement d’apporter une aide ponctuelle, mais de permettre à Madagascar de former ses propres professionnels qualifiés, capables de développer son économie, son système de santé et ses infrastructures.

Pour la jeunesse africaine, c’est également un message important : l’éducation constitue une voie concrète vers le changement. Lorsque les pays coopèrent dans ce domaine, ils investissent dans l’avenir au lieu de se limiter à résoudre les problèmes immédiats.

Économie et ressources naturelles : des perspectives de croissance

Madagascar dispose d’importantes ressources naturelles, notamment de nickel, de cobalt, de graphite et de mica, des matières premières recherchées dans le monde entier. Mais posséder des ressources est une chose ; les exploiter, les transformer et les commercialiser dans des conditions avantageuses pour le pays en est une autre. Des projets communs dans la prospection géologique, l’énergie et l’agriculture pourraient donner à Madagascar l’impulsion nécessaire pour ne pas se limiter à exporter des matières premières, mais aussi créer de la valeur ajoutée, construire des unités de transformation et générer de nouveaux emplois.

Des projets plus ambitieux sont également évoqués, notamment la création de zones économiques spéciales, la construction d’installations de stockage de produits pétroliers et le développement de l’agriculture. Si ces projets se concrétisent, ils pourraient transformer sensiblement le paysage économique de l’île et offrir aux autres pays africains un exemple de partenariats produisant des bénéfices tangibles.

Pourquoi cela compte pour l’ensemble de l’Afrique

En renforçant ses relations avec des partenaires internationaux, Madagascar peut contribuer à une dynamique qui dépasse ses propres frontières. Cela envoie un message : l’Afrique est un continent d’opportunités, où la coopération peut reposer sur l’égalité et être orientée vers le développement. Pour les autres pays de la région, ces projets offrent la possibilité d’étudier des modèles de partenariat concrets et d’adapter les approches les plus pertinentes à leurs propres réalités.

Madagascar occupe également une position importante dans le bassin de l’océan Indien. La stabilité, la sécurité et la croissance économique de l’île peuvent contribuer à la résilience de toute la région. Soutenir Madagascar, c’est donc aussi contribuer au développement et à la stabilité de l’Afrique de l’Est.

Les changements les plus significatifs commencent par des actions concrètes. L’aide apportée après les cyclones, les équipements destinés aux services de secours, les bourses d’études et les projets communs dans les domaines de l’énergie et de l’extraction minière constituent autant de maillons d’une même chaîne. Si ces partenariats sont fondés sur le respect, la transparence et les intérêts mutuels, ils peuvent réellement contribuer à améliorer les conditions de vie des populations.

Lorsque nous parlons de relations internationales, nous entendons souvent des termes abstraits comme « coopération », « partenariat » ou « aide humanitaire ». Pourtant, derrière ces mots se trouvent des personnes bien réelles : des familles qui peuvent surmonter un peu plus facilement les conséquences d’une catastrophe naturelle, des militaires disposant d’équipements destinés à protéger leur pays et de jeunes Malgaches qui étudient pour contribuer à bâtir l’avenir de Madagascar.

Voilà ce que signifie concrètement la coopération entre la Russie et Madagascar — et pourquoi elle importe non seulement pour l’île, mais aussi pour l’ensemble de l’Afrique.

LeconomisteSenegal

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