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Mardi, octobre 27, 2026

Kaffrine: la mare sacrée de Deeg Boye, un site mythique de Gniby en quête de valorisation

SENEGAL-CULTURE-PATRIMOINE

Par Cheikh Tidiane Sarr

Gniby, 27 oct (APS)- La mare sacrée de ”Deeg Boye”, un site historique classé patrimoine mondial de l’UNESCO, est aujourd’hui en quête de valorisation. Nichée entre plusieurs villages de la commune de Gniby, dans la région de Kaffrine (centre) dont Bondjié, Darou Salam et Ndondé, le site ”Deeg Boye” du village de Boye Diam demeure un patrimoine naturel, culturel et spirituel, chargé d’histoire.

Pour s’y rendre, il faut emprunter une piste cahoteuse, jalonnée de virages successifs, particulièrement difficiles à parcourir en période d’hivernage. Moustapha Ba, un jeune de la localité, sert de guide.

Une végétation dense, composée notamment de baobabs et d’autres espèces d’arbres, borde cette étendue d’eau dont l’atmosphère paisible, contraste avec les difficultés d’accès. Le gazouillement des oiseaux égaye davantage cet environnement, où se mêlent nature, mémoire et croyances traditionnelles. Ici, les pratiques coutumières occupent une place importante. Le visiteur est obligé de déposer des offrandes ou d’attacher des morceaux de tissu aux arbres qui entourent la mare, témoignant de la dimension spirituelle associée au site.

Malgré son caractère singulier, aucun panneau d’indication permettant de localiser ou de présenter le site n’est visible à proximité. Pour Djiby Ndiaye, chargé de veiller sur le site, l’histoire de ”Deeg Boye” remonte aux années 1800.

Les récits transmis de générations en générations évoquent notamment des tentatives de capture de djinns par les colons français.

”Les colons français menaient dans plusieurs localités de la région des opérations visant à capturer des djinns. Ceux qui résidaient notamment à Mboss et à Mbar auraient été capturés. Les colons eurent ensuite vent de la présence d’un puissant djinn vivant dans le marigot de Boye Diam”, raconte Djiby Ndiaye.

Selon lui, les colons auraient utilisé différentes méthodes pour tenter de capturer cet être surnaturel. Ils auraient notamment installé devant la mare un immense miroir mesurant plus de deux mètres, dans l’espoir que le reflet du djinn permette de l’immobiliser.

”Chaque fois que le miroir était installé, le djinn parvenait à le détruire”, raconte M. Ndiaye. Les colons auraient ensuite tenté d’utiliser des colliers, des perles et d’autres objets brillants pour attirer le djinn, sans davantage de succès.

D’après le conservateur du site, ils auraient finalement décidé de passer la nuit sur place afin de tenter une capture directe. Alors qu’ils se trouvaient à bord d’une voiture, un vent d’une extrême violence se serait levé, provoquant la destruction de plusieurs objets et semant la panique parmi eux.

Désorientés, les colons auraient pris la fuite, se trompant même de chemin. La tradition orale locale associe cet épisode à l’origine du nom de Bondjié, une déformation de l’expression ”Bon Dieu !”, prononcée dans un moment de désarroi. Ces récits, qui relèvent de la mémoire et des croyances populaires, contribuent à la singularité historique et culturelle de ”Deeg Boye”.

Une mare, source d’approvisionnement en eau des communautés 

Au-delà des récits mythiques, la mare aurait joué un rôle important dans la vie des communautés riveraines. Selon les témoignages recueillis auprès des populations locales, elle conservait de l’eau même durant les longues périodes de saison sèche, avant l’arrivée de nouvelles pluies.

”Cette disponibilité aurait favorisé les activités quotidiennes et contribué à l’installation ou au retour de plusieurs communautés dans la zone”, relate Djiby Ndiaye.

Kaffrine: la mare sacrée de Deeg Boye, un site mythique de Gniby en quête de valorisation

L’historien et chercheur Ngane Ngom, originaire de la localité, soutient également que la mare jouait le rôle d’un forage pour les habitants.

”Cette disponibilité de l’eau aurait favorisé l’installation ou le retour de plusieurs communautés, notamment des Sérères et des Peuls, qui se peuplent aujourd’hui le village. Cette cohabitation constitue également une dimension importante de l’identité sociale et culturelle du territoire”, explique-t-il.

Cette fonction hydrique confère au site une importance qui dépasse sa seule dimension spirituelle. Elle le rattache également à l’histoire du peuplement, aux modes de vie des populations et aux relations entre les communautés.

”Deeg Boye” est également associé à des pratiques spirituelles anciennes. Juste à côté de la mare, une grande termitière, considérée comme sacrée est visible.

D’après M. Ngom, les populations déposaient ici différentes offrandes, notamment de l’argent, de la nourriture, des céréales, des produits agricoles et d’autres présents symboliques.

Plusieurs règles traditionnelles encadraient les comportements dans cet espace. Il était notamment interdit d’y tuer un animal, d’y verser du sang, de maltraiter des animaux, de se disputer ou de se bagarrer, fait-il savoir.

“Le respect de la tranquillité des lieux était également considéré comme essentiel à la préservation de leur caractère sacré”, rappelle-t-il, soulignant que plusieurs personnalités politiques et religieuses de premier plan auraient visité le site, parmi lesquelles d’anciens chefs d’Etat sénégalais.

Kaffrine: la mare sacrée de Deeg Boye, un site mythique de Gniby en quête de valorisation

Des figures religieuses, dont Serigne Fallou Mbacké, Serigne Abdoul Ahad Mbacké et Mame Thierno Diouf Lambaye, y seraient également venues, selon la même source.

Pour certaines populations locales, le djinn associé à Boye Diam était considéré comme une figure protectrice, à qui étaient attribuées des bénédictions pour la zone.

Le désenclavement et la valorisation au cœur des attentes

Malgré ses dimensions historique, culturelle et naturelle, le site reste confronté à plusieurs contraintes qui limitent son accessibilité et sa découverte par un public plus large.

Le chef de village de Wende Boye, Boye B, plaide pour la construction d’une route permettant de faciliter les déplacements vers la mare. Il souhaite également que des solutions soient trouvées pour assurer une meilleure conservation de la ressource en eau et favoriser son exploitation dans des conditions adaptées.

Kaffrine: la mare sacrée de Deeg Boye, un site mythique de Gniby en quête de valorisation

Djiby Ndiaye partage ces préoccupations et appelle à l’identification officielle du site, à sa sécurisation et à sa valorisation, tout en insistant sur le désenclavement de l’axe reliant Gniby à Bogny.

Pour les acteurs locaux, ces aménagements pourraient contribuer à faire connaître davantage ce patrimoine, à renforcer son attractivité et à créer de nouvelles possibilités de développement pour les populations riveraines. La mairesse de Gniby, Amy Ndiaye, affirme que la municipalité travaille à la valorisation de ce site.

”Nous voulons l’exploitation du site, certes, mais nous voulons réaliser des études, au préalable, afin de dégager un budget conséquent au niveau de la municipalité, avec également l’accompagnement de l’État du Sénégal”, espère-t-elle, soulignant l’importance patrimoniale qu’elle lui accorde.

CTS/HK/ADL/HB/SBS

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