- La Côte d’Ivoire lève 110 milliards de francs CFA, atteignant son objectif
- La demande des investisseurs atteint 291 milliards de francs CFA, soit près de trois fois sursouscrite
- Forte demande tirée par les banques privilégiant les bons du Trésor à court terme
La Côte d’Ivoire a levé mardi 110 milliards de francs CFA (193 millions de dollars) sur le marché de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), atteignant pleinement son objectif.
La demande des investisseurs a atteint 291 milliards de francs CFA, soit près de trois fois le montant proposé.
Comme d’autres pays de la zone franc, la Côte d’Ivoire fait régulièrement appel aux marchés régionaux pour financer les dépenses publiques, notamment les infrastructures, les salaires de la fonction publique et le remboursement de la dette. Ces enchères sont organisées par l’UMOA-Titres, basée à Dakar, qui met en relation les États membres et les investisseurs.
Lors de l’adjudication de mardi, le Trésor ivoirien a émis trois instruments : des bons du Trésor à 364 jours, ainsi que des obligations à trois et cinq ans.
L’opération poursuit une tendance d’émission soutenue. Après une nouvelle augmentation de 110 milliards de francs CFA lundi, la Côte d’Ivoire a mobilisé plus de 1 800 milliards de francs CFA depuis le début de l’année à travers le seul marché UMOA-Titres.
Ce rythme reflète de forts besoins de financement tirés par de nouveaux projets budgétaires et le refinancement de la dette arrivant à échéance. La Côte d’Ivoire est l’émetteur le plus actif de la région jusqu’à présent cette année.
Pourquoi les investisseurs privilégient la dette à court terme
La demande était fortement concentrée sur les factures à un an. Sur les 291 milliards de francs CFA d’offres, 245 milliards visaient cette échéance.
Les banques ivoiriennes et régionales ont été les principaux participants, soutenues par des liquidités abondantes et une préférence pour les actifs à faible risque et porteurs de rendement, tels que les bons du Trésor.
Le Trésor n’a accepté que 64 milliards de francs CFA de ces offres, soit environ un quart du total, car il a rejeté les offres jugées trop coûteuses.
Le rendement moyen des bons à un an s’est établi à 5,32%, en baisse de 80 points de base par rapport à 6,12% en janvier.
La baisse des coûts d’emprunt soutient les finances publiques, mais cette baisse reflète en grande partie l’excès de liquidité du système bancaire, lié à la banque centrale régionale (BCEAO). Les analystes préviennent qu’un changement dans cet environnement, en particulier si les tensions géopolitiques ravivent l’inflation, pourrait rapidement resserrer les conditions de financement.
Les rendements des instruments à plus long terme restent plus élevés, à 6,96 % pour les obligations à trois ans et à 7,22 % pour les obligations à cinq ans. La demande sur ces échéances a été plus faible et le Trésor a accepté toutes les offres, laissant peu de place à la sélectivité.
Un marché dominé par les investisseurs locaux
Le financement provenait principalement d’investisseurs nationaux. Les participants ivoiriens représentaient la majeure partie des allocations, avec des contributions plus modestes du Sénégal et du Burkina Faso. Le Bénin a soumis des offres mais n’a reçu aucune allocation car ses offres étaient trop coûteuses.
Cette dépendance à l’égard des investisseurs locaux est une caractéristique structurelle du marché régional et pourrait exposer l’État à des risques de financement si le secteur bancaire national était sous pression.
L’émission de 110 milliards de francs CFA est à comparer aux 103,6 milliards de francs CFA de remboursement de dette attendus en mars prochain.
Compte tenu de l’étroitesse de l’écart, l’opération reflète principalement le refinancement de la dette plutôt que le financement de nouvelles dépenses, un processus connu sous le nom de refinancement.
Fiacre E. Kakpo



