Cette semaine en Afrique, les développements sanitaires vont de la surveillance par le CDC Afrique de l’épidémie d’hantavirus aux efforts de lutte contre la diphtérie en Mauritanie et le diabète en RDC. Dans le même temps, plusieurs pays accélèrent leurs réformes structurelles, notamment le Cameroun à travers l’approche PEN-Plus et le Maroc qui renforce son rôle dans le financement des vaccins en Afrique grâce au soutien à Gavi.
L’Afrique forme plus de 325 000 agents de santé par an, et son effectif total est passé de 4,3 millions en 2018 à 5,72 millions en 2024. Pourtant, le continent ne dispose toujours que de 46 % du personnel dont il a besoin, avec un déficit prévu de 5,85 millions de travailleurs d’ici 2030.
Les résultats ont été publiés dans le rapport « État des personnels de santé en Afrique 2026 », publié le 6 mai à Accra, au Ghana.
Le rapport met en évidence une contradiction majeure : environ 943 000 professionnels de santé qualifiés étaient au chômage en 2024, alors même que les systèmes de santé du continent restaient gravement en sous-effectif. Près de 46 % des agents de santé interrogés ont déclaré vouloir émigrer en raison de mauvaises conditions de travail, alors que l’absentéisme représente 20 % de la masse salariale.
« La crise des personnels de santé en Afrique n’est plus définie uniquement par la pénurie, mais par l’échec systémique. Nous formons davantage d’agents de santé que jamais auparavant, mais trop d’entre eux restent au chômage tandis que des millions de personnes sont privées de soins. Sans investissements audacieux et réformes coordonnées pour planifier, former et retenir les agents de santé, les progrès vers la couverture sanitaire universelle resteront hors de portée.», a déclaré le Dr Mohamed Yakub Janabi, directeur régional de l’OMS pour l’Afrique.
Le rapport souligne également des lacunes persistantes en matière de qualité. Les professionnels de santé diagnostiquent correctement seulement 62 % des cas et prodiguent un traitement approprié dans seulement 40 % d’entre eux.
Dans le même temps, l’OMS estime que chaque dollar investi dans les agents de santé peut générer jusqu’à 10 fois le rendement financier et 30 fois les avantages socio-économiques. Le rapport recommande aux pays africains d’augmenter leurs dépenses en personnel de santé d’environ 15 % par an afin de réduire les écarts existants.
Hantavirus sur le MV Hondius : le CDC Afrique intensifie sa surveillance
Le CDC Afrique, l’agence de santé publique de l’Union africaine, a intensifié sa surveillance après qu’un groupe de cas d’hantavirus a été identifié à bord du navire de croisière MV Hondius.
Au 7 mai 2026, l’OMS avait confirmé cinq cas, même si d’autres infections pourraient encore être identifiées. Trois décès ont été enregistrés, un patient reste dans un état critique à Johannesburg et trois autres présentent des symptômes modérés.
Africa CDC surveille de près un groupe d’infections à hantavirus liées aux voyages de croisière internationaux.
Bien que des cas aient été identifiés parmi les passagers, il n’existe actuellement aucune preuve de transmission au sein des pays africains et le risque pour le grand public reste faible. pic.twitter.com/0qBeDVHh9k
– CDC Afrique (@AfricaCDC) 6 mai 2026
Le CDC Afrique a déclaré qu’il se coordonnait avec les pays touchés pour surveiller la situation et enquêter sur la source d’exposition.
L’hantavirus se transmet généralement par contact avec l’urine, la salive ou les excréments de rongeurs infectés. Son apparition dans l’environnement confiné d’un navire de croisière est considérée comme inhabituelle, ce qui appelle des efforts urgents pour identifier la source de contamination. Les autorités régionales restent en alerte en raison de la gravité des cas et des multiples nationalités représentées parmi les passagers.
L’OMS affirme que le risque mondial reste faible
L’OMS a cherché à apaiser les inquiétudes concernant l’épidémie de MV Hondius. S’exprimant lors d’une conférence de presse, le directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus a déclaré que la situation n’était pas comparable à la pandémie de COVID-19.
« Le risque pour le reste du monde est faible», a-t-il déclaré.
Les échantillons prélevés à bord du navire ont été analysés à l’Institut Pasteur de Dakar et identifiés comme étant la souche andine du virus. Soixante-neuf personnes ayant été en contact avec des cas confirmés sont sous étroite surveillance.
L’OMS a facilité l’évacuation médicale des passagers symptomatiques vers l’Afrique du Sud et la Suisse et s’est coordonnée avec les États membres dans le cadre du Règlement sanitaire international. Le navire a également fait escale au Cap-Vert, où les autorités lui ont refusé l’autorisation d’accoster.
Le Cameroun étend les soins spécialisés dans les districts ruraux
Le Cameroun déploie l’approche PEN-Plus dans les hôpitaux de district pour réduire les inégalités d’accès aux soins.
La stratégie, soutenue techniquement par l’OMS et financée par le Leona M. et Harry B. Hemsley Charitable Trust, vise à aider les hôpitaux locaux à gérer les maladies non transmissibles graves, notamment la drépanocytose, le diabète de type 1, l’asthme sévère et certaines maladies cardiaques chroniques.
Deux sites pilotes ont été lancés le 17 décembre 2025 à Mfou dans la région du Centre et à Djoum dans la région du Sud, couvrant une population combinée d’environ 155 000 personnes. En quelques mois, les agents de santé ont mené 55 consultations spécialisées et stabilisé localement quatre patients gravement malades sans les transférer vers des hôpitaux tertiaires. Rien qu’à Mfou, deux médecins, six infirmiers et deux techniciens de laboratoire ont été formés.
Le gouvernement prévoit désormais d’étendre le modèle PEN-Plus à 30 % des districts sanitaires d’ici 2030 et de réduire d’au moins 25 % les décès prématurés liés aux maladies non transmissibles graves.
Les maladies non transmissibles représentaient 35 % des décès au Cameroun en 2022, selon les données officielles.
La campagne contre le diabète en RDC atteint la province isolée du Maniema
Une campagne de sensibilisation au diabète menée par l’OMS dans la province du Maniema, dans l’est de la République démocratique du Congo, a touché 3 562 personnes vivant avec ou à risque de diabète, dépassant ainsi l’objectif initial de 2 380 bénéficiaires.
La campagne, menée sur plusieurs semaines et achevée en février 2026, a distribué 1 456 kits contenant des glucomètres, des bandelettes réactives, des lancettes et des tampons alcoolisés. Il comprenait également des séances d’éducation communautaire sur la nutrition, les facteurs de risque et la surveillance de la glycémie.
La RDC compte environ 2,9 millions d’adultes atteints de diabète, soit le troisième fardeau de morbidité le plus élevé dans la région africaine de l’OMS. Dans la seule province du Maniema, les autorités ont officiellement enregistré 2 380 cas en 2025, même si les campagnes de dépistage continuent de révéler un sous-diagnostic généralisé.
Près de 90 % des bénéficiaires touchés ne se rendaient plus régulièrement dans les établissements de santé.
Selon l’OMS, l’isolement géographique du Maniema, l’insécurité dans l’est de la République démocratique du Congo et les pénuries récurrentes de médicaments continuent de compliquer la gestion des maladies chroniques dans la province.
La Mauritanie lutte contre une épidémie persistante de diphtérie
La Mauritanie a enregistré 1 439 cas confirmés de diphtérie et 56 décès entre le 1er janvier 2025 et le 29 mars 2026. Quatorze des 15 wilayas du pays ont été touchées.
La wilaya orientale du Hodh El Chargui a recensé 862 cas, dont 602 dans le district de Bassiknou, qui abrite le camp de réfugiés de Mbera, près de la frontière malienne.
Les autorités sanitaires affirment que la maladie se propage dans un contexte marqué par la surpopulation, une faible couverture vaccinale et des mouvements de population fréquents.
L’OMS soutient le ministère mauritanien de la Santé à travers la formation du personnel soignant, la fourniture de traitements de première intention, notamment l’azithromycine et l’antitoxine diphtérique, et des campagnes de vaccination ciblant les populations exposées.
En janvier 2026, plus de 23 000 personnes ont été vaccinées à Bassiknou. À Adel Bagrou, une surveillance renforcée a permis de limiter la transmission à quatre cas au cours des trois derniers mois.
Les autorités affirment que l’épidémie a montré une tendance générale à la baisse depuis début 2026, même si les établissements de santé restent sous pression.
Le Maroc devient le premier contributeur nord-africain à Gavi
Le Maroc a signé un accord de don de 5 millions de dollars avec Gavi, l’Alliance du Vaccin, le 4 mai 2026 à Casablanca, devenant ainsi le premier pays d’Afrique du Nord à apporter un soutien financier direct à l’organisation.
Cette contribution répond à un engagement pris par Rabat en 2025. Depuis sa création en 2000, Gavi affirme avoir contribué à vacciner plus de 1,2 milliard d’enfants et évité plus de 20,6 millions de décès dans le monde.
La contribution du Maroc soutient la stratégie 2021-2030 de Gavi, qui se concentre sur l’élargissement de l’accès aux vaccins et le renforcement de l’équité vaccinale.
Le Maroc considère également cette contribution comme un moyen de renforcer sa position dans la gouvernance mondiale de la santé.
L’accord a été annoncé en marge de GITEX Future Health Africa, une plateforme internationale dédiée à la santé numérique et aux systèmes de santé résilients.
Aï Renaud Dossavi

