- Le Sénégal affirme qu’il pourrait recourir à l’arbitrage international dans les différends impliquant BP et Woodside Energy
- Woodside a déjà lancé une procédure d’arbitrage sur une créance fiscale de 41 milliards FCFA
- Ces tensions reflètent les efforts plus larges de Dakar pour réévaluer les contrats énergétiques sous l’administration du président Bassirou Diomaye Faye.
Le Sénégal se prépare à une éventuelle bataille juridique avec BP et Woodside Energy alors que le gouvernement intensifie ses efforts pour contester certaines parties des principaux accords pétroliers et gaziers du pays.
Khadim Bamba Diagne, secrétaire permanent du Comité stratégique du pétrole et du gaz du Sénégal, a déclaré lors de l’Africa CEO Forum à Kigali que Dakar pourrait porter les deux différends devant les tribunaux d’arbitrage internationaux.
Les deux cas se déroulent cependant différemment.
Woodside, la société australienne qui exploite le champ pétrolier de Sangomar au Sénégal, a déjà engagé une procédure d’arbitrage contre l’État sénégalais.
La société a déposé une plainte auprès du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) le 30 mai 2025, après que l’administration fiscale sénégalaise a imposé une nouvelle cotisation de 41 milliards de francs CFA, soit environ 68 millions de dollars.
Selon Reuters, Woodside affirme qu’une grande partie du différend concerne les exonérations fiscales appliquées pendant la phase de développement du projet. L’entreprise soutient que la réévaluation viole le cadre fiscal régissant le projet.
Le processus d’arbitrage est déjà bien engagé. Un tribunal a été officiellement constitué en janvier, a tenu sa première session virtuelle en mars et a depuis établi des règles de procédure régissant l’affaire, notamment les délais, la langue et la gestion des preuves. Les deux parties entrent désormais dans la phase des observations écrites.
Le différend impliquant BP n’en est qu’à un stade précoce mais pourrait s’avérer encore plus sensible sur le plan politique.
En mars, le Premier ministre Ousmane Sonko a publiquement critiqué le contrat régissant le projet gazier Greater Tortue Ahmeyim (GTA), exploité par BP, le qualifiant de « partial et injuste » lors d’un discours télévisé.
Ses commentaires faisaient suite à un audit mené par le cabinet de conseil Mazars, qui remettait en question certaines parties des demandes de recouvrement des coûts de BP.
Selon l’audit, 2,8 milliards de dollars sur les 4,1 milliards de dollars de coûts récupérables déclarés par BP n’étaient pas admissibles selon les règles du contrat, tandis qu’un autre 1,8 milliard de dollars de dépenses a été jugé insuffisamment documenté.
Le Sénégal n’a pas officiellement lancé de procédure d’arbitrage contre BP, mais les autorités suggèrent de plus en plus qu’une action en justice reste possible.
Les enjeux sont considérables.
Les autorités sénégalaises estiment que le projet GTA pourrait générer entre 30 et 40 milliards de dollars de revenus au cours des deux prochaines décennies. Pourtant, Alioune Gueye, patron de Petrosen Holding, s’est plaint en début d’année que la part attendue de l’État ne s’élèverait qu’à environ 800 millions de dollars.
Pour l’administration du président Bassirou Diomaye Faye, ces conflits s’inscrivent dans une démarche plus large visant à récupérer un plus grand contrôle sur les ressources naturelles du Sénégal et à renégocier les contrats considérés comme défavorables à l’État.
Cette pression politique s’est intensifiée à mesure que le Sénégal est confronté à des difficultés budgétaires croissantes. Selon le Fonds monétaire international, la dette publique du pays atteignait 132% du PIB fin 2024.
Dans ce contexte, le gouvernement considère de plus en plus la révision des contrats pétroliers et gaziers non seulement comme un différend commercial, mais comme faisant partie d’un effort plus large visant à restaurer la souveraineté économique.
Abdel-Latif Boureima

