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Mardi, mars 3, 2026
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La RDC lance la prévente de jetons cryptographiques adossés à l’or – mais les détails clés restent flous

  • La RDC lance un jeton SGRT adossé à l’or en prévente

  • Le jeton promet une garantie en or et des rendements liés au crédit carbone

  • Le projet soulève des questions juridiques, de liquidité et de faisabilité de la production

Le Sovereign Gold Reserve Token (SGRT) est déjà en prévente sur la plateforme WinstantGold, a observé Bankable le 22 février 2026. Son lancement officiel est prévu plus tard cette année à Kinshasa.

Le SGRT est un actif cryptographique adossé à l’or émis par le Fonds social de la République démocratique du Congo (FSRDC), une institution publique sous la présidence chargée de la reconstruction, de la réduction de la pauvreté et de l’amélioration du niveau de vie.

Pour atteindre ces objectifs, le FSRDC, coordonné par Philippe Ngwala Malemba, expert en développement social ayant passé 10 ans à la Banque africaine de développement, s’appuie sur le programme AXIS (Asset-eXchange-Impact-Sovereign) pour financer le développement local durable. Le programme vise à convertir les ressources locales, telles que l’or artisanal ou le carbone forestier, en actifs numériques pouvant être vendus à des investisseurs pour lever des fonds sans recourir à des emprunts conventionnels.

Le SGRT est le premier d’une série prévue d’actifs cryptographiques. Selon les promoteurs, chaque SGRT acheté correspond à un gramme d’or restant à produire. Le jeton serait garanti par l’État, avec quatre grammes de « or souterrain souverain » promis en garantie, sur la base du principe selon lequel l’or non extrait reste la propriété de l’État en vertu des lois du pays. La manière dont cet engagement serait juridiquement structuré reste floue.

Cours légal ?

Bien que la valeur du token soit liée à celle de l’or, son prix de vente n’a pas été divulgué à ce stade. Le coût d’acquisition comprendra toutefois une taxe d’émission gouvernementale équivalente à 3% du prix d’achat de SGRT, comme indiqué dans le livre blanc du programme AXIS publié en décembre dernier. Pour la prévente, les promoteurs promettent des remises de « jusqu’à 35% en dessous de la valeur intrinsèque« .

Selon les supports promotionnels, l’achat d’un SGRT donne également droit à l’acheteur à un jeton bonus : le FCRT (Forest Carbon Reserve Token), qui représenterait «crédits carbone générés par l’extraction éthique de l’or et les pratiques durables en RDC » Une vidéo promotionnelle indique que « les détenteurs de FCRT reçoivent une part des revenus générés par la vente de crédits carbone, créant ainsi un flux de revenus potentiel », avec un rendement annuel promis de 20 à 50 %. Cette promesse suppose toutefois que les promoteurs puissent surmonter les difficultés d’accès aux marchés de crédits carbone, que les pays africains ont signalées à plusieurs reprises comme un obstacle persistant.

Le site Web du programme AXIS indique également que «le SGRT et le FCRT ont tous deux cours légal reconnu par la République Démocratique du Congo » Aucune confirmation de ce statut juridique de la part de la Banque centrale du Congo (BCC) n’a été identifiée. Le livre blanc, qui attribue à la BCC un rôle central de supervision, recommande l’adoption de « une directive spécifique » pour régir la convertibilité, la circulation et l’interopérabilité du SGRT avec le système bancaire et les monnaies électroniques.

Défi de liquidité

Selon le livre blanc, l’émission de SGRT est plafonnée à 50 millions de jetons et devrait s’étaler sur cinq ans. Dès la sixième année, un deuxième actif crypto serait émis, adossé à de l’or extrait, raffiné et certifié : le SGCT (Secured GoldConnect Token). Les tokens SGRT seraient ensuite progressivement convertis en SGCT à raison de 10 % du stock total par an sur une période de 10 ans. Le projet est conçu pour durer 15 ans, soit également la durée du partenariat public-privé qui le sous-tend.

Ce PPP, annoncé le 28 juin 2025, relie le FSRDC à Phoenix Capital. Basée à Sint Maarten, aux Pays-Bas, Phoenix Capital se décrit comme une société spécialisée dans la tokenisation d’actifs naturels, sans divulguer aucun historique préalable. Présidée par Alain Lemieux, elle a signé un partenariat avec Winstant Ltd pour le développement de WinstantGold, la plateforme d’émission et de gestion des actifs cryptographiques du programme AXIS. Dirigé par Hervé Lacorne, Winstant Ltd se décrit comme un incubateur de startups basé à Hong Kong, spécialisé dans les technologies financières, les technologies réglementaires et les solutions biotechnologiques.

Dans le cadre de la structure proposée, les fonds levés grâce à la vente des jetons initiaux sont destinés à financer la production d’or et de certificats carbone communautaires, qui serviraient à leur tour de support aux jetons SGCT et FCRT respectivement. Cet accord soulève des questions sur la liquidité, d’autant plus qu’aucun mécanisme de rachat clair n’est défini. Pour récupérer un investissement, les détenteurs de jetons devraient revendre leurs jetons à des tiers ou les utiliser pour des paiements. Phoenix Capital affirme avoir réalisé des achats internationaux d’une valeur de plusieurs millions de dollars en utilisant SGRT.

Dépositaire non divulgué

L’or serait produit grâce à l’initiative Goldconnect, qui vise à organiser, tracer et formaliser l’or artisanal au Congo. L’initiative s’appuierait sur plus de 300 coopératives d’exploitation aurifère supervisées par le Service d’assistance et d’encadrement des mines artisanales et de petite échelle (SAEMAPE) dans le cadre du partenariat entre le FSRDC et Phoenix Capital. Les opérations se dérouleraient dans les zones d’exploitation minière artisanale mises à disposition par l’État. Un accord-cadre a été signé le 19 février entre le ministère des Mines et le FSRDC.

Soutenir un seul jeton nécessiterait la production de quatre grammes d’or. « Selon le modèle de coût d’extraction éthique de Goldconnect, la production d’un gramme d’or nécessite environ trois grammes de réserves souterraines », indique le livre blanc. Sur 15 ans, l’initiative Goldconnect devrait donc produire au moins 200 tonnes d’or, soit l’équivalent de plus de 13,5 tonnes par an, contre un pic de cinq tonnes de production artisanale officielle à ce jour.

Après extraction, l’or destiné à la garantie devrait être raffiné jusqu’à un niveau de pureté conforme aux normes du marché international, coulé en lingots, puis stocké chez un dépositaire basé à Dubaï dont le nom n’a pas été divulgué.

Pierre Mukoko, avec Bankable

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