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Les assureurs sénégalais captent actuellement moins de 5 % des revenus d’assurance générés par le secteur pétrolier et gazier du pays, selon Alioune Guèye, PDG de Petrosen Holding.
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Les autorités et les acteurs du secteur se sont réunis à Dakar le 7 mai pour discuter des réformes visant à accroître la participation des assureurs locaux à la couverture des risques liés aux hydrocarbures.
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Le marché de l’assurance sénégalais pourrait créer une structure spécialisée dans les risques liés aux hydrocarbures, visant jusqu’à 13 milliards de francs CFA (21,3 millions de dollars) de primes annuelles.
La loi sénégalaise impose aux compagnies d’assurance locales de jouer un rôle de premier plan dans la couverture des risques liés à l’industrie des hydrocarbures du pays. Mais le secteur reste en deçà de ces ambitions, deux ans après que le Sénégal a rejoint le rang des pays exportateurs de pétrole.
Dans ce contexte, le Secrétariat technique du Comité national de suivi du contenu local (ST-CNSCL) a réuni jeudi 7 mai à Dakar les acteurs du pétrole, du gaz et des assurances pour accroître la participation des assureurs sénégalais dans le secteur pétrolier et gazier. Les participants visent à parvenir à un consensus sur les réformes et les outils opérationnels nécessaires pour atteindre cet objectif.
Les chiffres actuels mettent en évidence l’ampleur de l’écart. Selon Alioune Guèye, les assureurs sénégalais captent actuellement moins de 5% des revenus générés par les activités d’assurance du secteur des hydrocarbures du pays.
« Il faut faire en sorte que les entreprises sénégalaises opérant dans les hydrocarbures captent une part significative de ces revenus », dit-il.
Pour Mor Bakhoum, les acteurs ne doivent pas considérer l’assurance comme une simple formalité contractuelle dans le secteur. « Dans les hydrocarbures et les mines, l’assurance sert d’outil de structuration des risques, de protection des actifs et de sécurité des investissements », dit-il.
El Hadj Amar Kébé a, quant à lui, affirmé que le secteur des assurances doit jouer un rôle clé dans la nouvelle phase de développement économique du pays portée par la production pétrolière et gazière.
Le cadre juridique existant est confronté à des défis de mise en œuvre
La participation des assureurs locaux au secteur pétrolier ne représente pas un nouvel objectif politique. Le Sénégal a intégré cette exigence dans sa loi sur le contenu local de 2019 régissant le secteur des hydrocarbures. La législation impose le recours aux assurances et aux services financiers locaux pour les activités pétrolières et gazières. La loi classe également la finance et les assurances parmi treize secteurs soumis à des obligations de contenu local.
Cependant, sept ans après que les autorités ont adopté la loi, sa mise en œuvre reste toujours à la traîne des ambitions officielles. Entre-temps, le champ pétrolier de Sangomar a démarré sa production en 2024 et a produit 16,9 millions de barils, selon la Coface, dépassant l’objectif initial de 11,7 millions de barils.
Parallèlement, le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim, que le Sénégal partage avec la Mauritanie, a démarré sa production début 2025. Alors que l’industrie pétrolière et gazière sénégalaise devient pleinement opérationnelle, la question de la participation des assureurs locaux prend une importance renouvelée.
Un secteur sous-capitalisé confronté à des risques industriels
Selon les chiffres cités par Lejecos, le marché sénégalais de l’assurance comptait 29 compagnies à fin 2022. Dix-neuf compagnies étaient spécialisées dans l’assurance de biens et de responsabilité, tandis que dix opéraient dans l’assurance-vie. Le marché reste cependant relativement restreint au regard des risques industriels générés par la production pétrolière et gazière.
Les autorités et les assureurs avaient déjà tenté de mutualiser les risques en créant le Pool d’assurance contre les risques pétroliers et gaziers du Sénégal, qui regroupait les assureurs locaux agréés pour couvrir les risques liés aux hydrocarbures par le biais d’accords de coassurance. L’initiative a marqué une première pour le marché de l’assurance en Afrique francophone, mais la résistance interne au sein du secteur a ralenti sa mise en œuvre.
Les consultations du 7 mai visent à relancer ce projet inachevé. Selon les informations rapportées le même jour par Africtelegraph, le marché intérieur envisage désormais de créer une structure spécialisée dédiée à la couverture des risques hydrocarbures. Les parties prenantes visent à capter jusqu’à 13 milliards de francs CFA, soit environ 21,3 millions de dollars, en primes annuelles.
Cet article a été initialement publié en français par Abdel-Latif Boureima
Adapté en anglais par Ange JA de Berry Quenum

