SENEGAL-SECURITE-RETROSPECTIVE
Thiès, 2 avr (APS) – La Garde républicaine, ancêtre de l’actuel Groupement mobile d’intervention (GMI), de la Police nationale sénégalaise et de l’administration pénitentiaire, était un corps d’élite basé principalement à Thiès et qui a marqué l’évolution des forces de l’ordre au Sénégal, en témoigne le rôle qu’elle a joué dans la gestion de la grève des étudiants de mai 1968 par exemple.
Déployée à travers le pays, pour s’occuper de la sécurité publique, du gardiennage des prisons et de la sécurité des édifices publics, la Garde républicaine avait sa base principale au Camp Tropical de Thiès, jusqu’à sa dissolution en 1969, pour laisser place au GMI.
La Garde républicaine est née de la transformation de la Garde cercle et de la Garde territoriale, un corps constitué qui exerçait ses prérogatives sur toute l’étendue de l’ancienne colonie française de l’Afrique occidentale française (AOF).
Dans la foulée des réformes instituées, la Garde territoriale devient la Garde républicaine du Sénégal, avec des compétences recentrées sur les limites du territoire national.
Elle cesse d’exister le 26 février 1969, pour être remplacée par le Groupement mobile d’intervention (GMI) et le Corps des gardiens de prison.
“Elle constituait un corps relevant des forces de défense et de sécurité, son commandement était basé au Camp tropical de Thiès, qui représentait son principal cadre opérationnel”, renseigne Amadou Baïdy Gaye, secrétaire national chargé de la communication et de la culture du Regroupement des enfants de Gardes républicains (REGAR), une association mise sur pied par des membres des familles d’anciens gardes, pour maintenir vivace le souvenir de ce corps.
En 1957, la Garde-cercle devient Garde-territoriale après la loi Defferre n°56-619 du 23 juin 1956, dite loi-cadre, accordant la semi-autonomie aux territoires d’outre-mer.
Cette loi consacrait la dissolution de l’Afrique occidentale française (AOF) et la création de la Fédération du Mali, instituée à la conférence de Bamako autour du Sénégal, du Mandé (actuel Mali) de la Haute Volta (actuel Burkina Faso) et du Dahomey (actuel Bénin).
Les interventions de la Garde territoriale s’étendirent alors sur toute l’étendue de ce vaste territoire, selon un document retraçant l’histoire de la Garde républicaine.
Selon Baïdy Gaye, secrétaire national chargé de la communication et de la culture de l’association REGAR, la Garde républicaine est la devancière de l’actuel Groupement mobile d’intervention, également basé au Camp Tropical de Thiès.
Le document renseigne qu’aussitôt après l’indépendance du Sénégal, le commandant Ba Tamsir est porté à la tête de ce corps.

La mémoire collective retient de lui le bâtisseur des casernes de gardes, avec notamment la modernisation de la logistique, des équipements et du matériel de travail, le renforcement de la puissance des forces d’intervention, qui en fait une Garde républicaine organisée, expérimentée et au savoir-faire reconnu sur toute l’étendue du territoire national, selon le même document obtenu par l’APS.
La construction du château d’eau, de maisons préfabriquées surnommées ”Rang-poosé”, pour le Groupe mobile dit ”Gromobile”, l’extension de l’école située dans l’enceinte du Camp Tropical et le bitumage des routes, l’extension du réseau électrique en 1962, la construction du mur de clôture qui remplaça les fils de fer barbelés sont aussi à l’actif de Ba Tamsir.
La construction d’espaces sociaux dans certaines régions et départements, comme Dakar, Saint-Louis, Diourbel, Kaolack, Oussouye et Kolda, etc. compte aussi dans le bilan du commandant Ba Tamsir, selon le document.
Les missions assignées à la Garde républicaine étaient ”stratégiques” et consistaient à “assurer la sécurité des édifices publics, la surveillance des frontières, [à] participer au maintien et au rétablissement de l’ordre, [à] prendre en charge la gestion et la garde des établissements pénitentiaires”, explique Amadou Baidy Gaye.
La Garde républicaine et mai 1968
Lors de la grève des étudiants de mai 1968, qui avait secoué le régime du président Léopold Sédar Senghor, c’est la Garde républicaine qui avait été déployée sur campus de l’Université de Dakar.
Elle avait délogé les étudiants sénégalais, avant de sécuriser le campus universitaire.
Cela, après que les étudiants étrangers avaient été évacués à bord de vols affrétés par l’ancienne compagnie Air Afrique.
“A sa dissolution en 1969, ces missions, le matériel et ces installations sont dévolus aux forces de police, les militaires de la Garde républicaine sont intégrés dans le corps des gardiens de la paix”, renseigne le document obtenu du Regroupement des enfants de Gardes républicains (REGAR).
“La mission essentielle des gardiens de la paix est de maintenir l’ordre et de le rétablir s’il est rompu. Ainsi, les éléments de la Garde républicaine n’ayant pas encore l’âge requis pour la retraite furent reversés dans les forces de police et perdent leurs avantages militaires (recrutement, avancement, rémunération)”, précise M. Gaye.
Il a fallu attendre 1972 pour que l’administration pénitentiaire voit le jour, et s’occupe spécifiquement de la gestion des établissements pénitentiaires.

Selon la même source, le Groupement mobile d’intervention (GMI) constitue une force mobile pouvant se déplacer d’un point à l’autre du territoire national dans le cadre du maintien et du rétablissement de l’ordre.
Cette nouvelle force devient ainsi un corps original de nature civile, dont les traits caractéristiques restent encore largement empruntés aux forces armées. Il dépend du ministère de l’Intérieur auquel il est rattaché par le biais du cabinet du directeur général de la Sûreté nationale.
Dans le souci de mieux faire connaître l’histoire de cet ancien corps constitué, un membre de l’association a publié un ouvrage dédié à la Garde républicaine, dont il retrace les principaux récits de vie, rapporte Pape Galy Sarr, le président du REGAR.
“Nous envisageons de créer un musée de la garde républicaine qui pourrait être [installé] au sein même du Camp Tropical de Thiès, si nous en avons l’autorisation”, renseigne encore le responsable, ajoutant qu’à défaut, ce lieu de mémoire sera logé au siège de l’association REGAR, sis au quartier Grand Standing.
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