En politique internationale, les plateformes sur lesquelles un pays siège comptent souvent autant que ce qu’il dit. Pendant des décennies, la Somalie a largement fait l’objet de discussions sur la sécurité mondiale, et n’y a rarement participé de manière décisive. Aujourd’hui, cette réalité évolue d’une manière qui a un poids symbolique et des conséquences pratiques.
La récente élection de la Somalie au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (CPS de l’UA), parallèlement à son adhésion au Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU), marque un tournant dans sa trajectoire diplomatique. Pendant un certain temps, la Somalie était simplement un sujet de discussion dans les forums de sécurité les plus influents du monde. C’est désormais elle qui façonne l’ordre du jour sur la table.
Ce changement reflète plus qu’une réussite procédurale. Cela témoigne de la maturité des institutions diplomatiques et sécuritaires de la Somalie, ainsi que de la reconstruction progressive de sa crédibilité internationale après des décennies de conflit et de fragilité de l’État.
Pendant la majeure partie des trois dernières décennies, les décisions affectant la sécurité de la Somalie ont souvent été prises dans des salles où les voix somaliennes étaient soit absentes, soit marginales. Les acteurs externes ont débattu des stratégies d’intervention, des régimes de sanctions, des mandats de maintien de la paix et des réponses humanitaires, tandis que la Somalie était aux prises avec une instabilité interne.
Cette adhésion au CSNU et au CPS de l’UA change fondamentalement cette dynamique. Ces corps ne sont pas symboliques ; ils prennent des décisions contraignantes, adoptent des résolutions, autorisent les opérations de maintien de la paix et façonnent les cadres juridiques internationaux. Pour la Somalie, cela peut paraître simple, mais son impact est profond. La Somalie fait désormais partie du processus qui détermine les politiques affectant sa propre sécurité et son développement.
Cette participation renforce le renforcement de l’État de plusieurs manières. Il renforce la capacité institutionnelle au sein de l’appareil de politique étrangère de la Somalie, promeut la transparence et la responsabilité grâce à l’engagement envers les normes multilatérales et aligne plus étroitement la Somalie sur les normes juridiques et diplomatiques internationales.
La Somalie est en train de passer du statut de bénéficiaire des décisions internationales à celui de contributeur à celles-ci. Le rôle de la Somalie au sein de ces conseils revêt également une importance représentative au-delà de ses propres frontières.
En tant que membre du CSNU et du CPS de l’UA, la Somalie occupe désormais une position diplomatique rare. Elle représente simultanément les intérêts du continent africain, du monde arabe et musulman et des pays les moins avancés (PMA). Les préoccupations de ces catégories d’États ont souvent été éclipsées par les priorités des nations plus puissantes. La Somalie les défend désormais.
La première expérience de la Somalie en matière de reconstruction des institutions après un conflit, de gestion de transitions sécuritaires complexes et d’équilibre entre souveraineté et coopération internationale lui permet de défendre non seulement ses propres intérêts, mais aussi des principes plus larges : des processus de paix inclusifs, des approches de développement durable en matière de sécurité et une participation équitable à la prise de décision mondiale.
Paix dans le monde, paix chez soi
Le manifeste politique 2022 du président Hassan Sheikh Mohamud, « La Somalie en paix avec elle-même et en paix avec le monde », se reflète de plus en plus dans ces récentes adhésions. Cette vision s’avère efficace, dans la mesure où la participation de la Somalie à la prise de décisions mondiales en matière de paix démontre un alignement croissant entre ses engagements extérieurs et ses efforts de stabilisation internes.
Les sièges au Conseil de sécurité des Nations Unies et au CPS de l’UA renforceront directement le processus de construction de l’État de la Somalie. La participation active à l’élaboration de la paix internationale reflète et soutient également la manière dont les programmes de paix et de sécurité sont gérés au niveau national.
Un moment déterminant en 2026
L’année 2026 représente une rare convergence d’opportunités. La présence simultanée de la Somalie au CPS de l’UA et au Conseil de sécurité de l’ONU offre une plate-forme diplomatique sans précédent dans son histoire récente. Ce double rôle devrait lui permettre de servir de pont entre les cadres de sécurité régionaux et mondiaux. Cela peut garantir que les priorités de sécurité de la Somalie soient reflétées dans la décision de l’UA et, à l’avenir, que les priorités africaines soient reflétées dans les résolutions mondiales. Cela peut également traduire les engagements internationaux en actions régionales susceptibles d’être alignées sur les contextes locaux.
Cela affecte non seulement la diplomatie et les discussions politiques, mais offre également l’occasion de plaider en faveur d’un véritable changement qui affecte directement la vie quotidienne des Somaliens. Ces questions peuvent inclure la lutte contre le terrorisme, le soutien à la stabilisation, l’accès humanitaire, le financement du développement, la sécurité climatique et les mécanismes pour une politique inclusive. En façonnant le contenu et l’orientation des résolutions pertinentes, la Somalie peut contribuer à aligner plus étroitement les engagements internationaux sur les priorités nationales.
Un avenir façonné par la participation
Une plus grande influence s’accompagne d’une plus grande responsabilité. L’adhésion à ces conseils exige cohérence et respect des normes internationales. La Somalie est désormais prête à naviguer dans ces paysages diplomatiques complexes, en équilibrant les intérêts nationaux et les obligations collectives en matière de sécurité mondiale. Et elle est désormais capable de maintenir sa crédibilité grâce à un engagement constructif, des positions de principe et des partenariats fiables.
Alors que la Somalie semble désormais engagée dans une dynamique sur ces fronts, sa position internationale croissante va se renforcer d’elle-même. Chaque succès diplomatique renforcera les institutions nationales, qui à leur tour renforceront leur influence future.
La présence de la Somalie aux plus hauts niveaux de gouvernance de la sécurité mondiale et régionale marque une étape importante dans son long cheminement vers le redressement et la stabilité. Cela reflète des années d’efforts diplomatiques, de reconstruction institutionnelle et de restauration progressive de la confiance internationale. Cela annonce également un avenir dans lequel la Somalie sera de plus en plus définie non pas par la crise, mais par la stabilité.
Pour un pays qui se tenait autrefois en marge du processus décisionnel mondial, cette transformation est à la fois historique et pleine d’espoir. Cela signale un passage de l’isolement à l’engagement, du fait d’être mis en œuvre pour contribuer à façonner les résultats.
Pour les jeunes générations somaliennes qui ont grandi en entendant dire que la Somalie ne pouvait pas progresser, ces réalisations diplomatiques offrent un récit différent. Ils inspirent la fierté, rétablissent la confiance et contribuent à rétablir la confiance dans l’avenir de la nation.
Ce défi nous attend. Mais après une période de troubles, la Somalie est bien placée pour y faire face, non pas en tant qu’observateur passif, mais en tant que façonneur actif de son propre destin. Cela fait également partie de la politique plus large de la Somalie en matière de diplomatie de défense, fondée sur la collaboration mondiale et l’interdépendance mutuelle.
Les opinions exprimées dans cet article appartiennent à l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la position éditoriale d’Al Jazeera.

